Je me demande souvent si raconter sa course n’est pas vaniteux, juste une façon de gonfler son amour propre. Et puis, je réalise que je fais tant de course que j’ai du mal de me souvenir de tout (surtout que l’age avance), que j’aime aller fouiller de temps en temps dans ces bons moments, pour le plaisir, ou pour préparer une nouvelle édition. En plus, depuis quelques jours, on me réclame ce CR (n’est ce pas Mame?), je craque une nouvelle fois.

Que vais je vais donc vous conter?
La belle histoire de Blanche Neige et les 7 nains?
Non!

Celle du Chevalier Arthur et de ses compagnons qui ne tournent pas rond?
Non!

Alors peut être une étude sur la VMA du Pingouin?
Non plus!

Je vais tout simplement vous parler d’un pari un peu fou: celui de réussir à faire l’aller retour entre Lyon et Saint Etienne en conditions hivernales.

Tout commence avec le CR d’Arthurbaldur qui a réussi cet « exploit » l’an passé et mon « engagement » du 14 janvier en commentaire. 324 jours pour se préparer, ça laisse de la marge!

Mais le temps passe, et nous voici déjà début décembre.
La météo de la semaine est plutôt carrément hivernale; La neige tombe et tient. C’est une bonne nouvelle pour moi qui ai toujours aimer la neige. J’avais 2 ans que j’en étais déjà fou. Cela va être une très bonne édition cette version 2010!

Initialement, nous avions prévu un départ de Gerland à 9h30. Un horaire qui me convenait parfaitement. Pourquoi? Pour un petit pari supplémentaire.
Coureur référent de Rodio, je me suis diagnostiqué pouvoir assurer un retour avec une cote de 800. Un petit calcul rapide et je tombe sous le charme du projet: en 2009, une cote de 800, c’est un temps de 9h30.

9h30… ça ne vous dit rien? C’est notre heure de départ prévu à Gerland! 24H!
24H pour faire l’aller retour! Ça sonne bien.

Seulement voilà: la météo de la semaine est plutôt carrément hivernale. Aussi les copains décident de partir une heure plus tôt pour assurer le coup.

Le départ est donc prévu devant Gerland samedi matin 4 décembre à 8h30.

Dommage, faire la Sainté en 8h30 ne me paraît pas envisageable. En 2008, j’avais fait 8h10, mais j’étais parti à froid. Là, j’aurai froid, mais je serai chaud. C’est trop chaud! Du coup, ça me laisse froid! Tant pis, je ferai donc en 25H. Ça sonne moins, mais c’est comme ça. C’est moi qui décide après tout!

Je quitte mes collègues de travail en plein apéro avant le repas de fin d’année du service… Dire que je n’ai pas bu une goutte d’alcool depuis une semaine. Vraiment! L’ultra est un sport exigeant! Et comme il faut être fort mentalement pour en supporter autant.

Bon! Je prépare mes petites affaires de course, mes 28 draps de bains kikourou que je convoie à Lyon et je vais confortablement m’installer dans le train de 16h33 qui m’amènera chez Tidgi pas trop tard pour qu’on ait le temps de dormir avant notre périple.
16h30: je sors du wagon, la machine est en panne, le train ne partira pas. J’attends le 17h33 qui partira finalement à 18h09. Tiens! C’est l’heure à laquelle il était prévu que j’arrive.
Finalement, mon copain Tidgi vient me chercher en gare et nous arrivons chez lui vers 20h00.
Un bon petit repas, un check up des sacs, un petit taillage de bavette et hop! Au lit! Demain, lever 6h00.

Ça y est! Il est 6 heures, on a une heure devant nous. On se prépare rapidement, mais on part quand même avec 10 bonnes minutes de retard. Mon retard habituel, donc, tout va bien.

Tidgi me fait visiter Lyon, essaye de m’expliquer la Saône et le Rhône. J’ai beau être potamologue (c’est pas une maladie, c’est un métier, hydraulicien des fleuves), deux grosses rivières dans la même ville ça me perturbe. Je n’arrive pas à me repérer.

Quand on arrive à Gerland, on est presque les derniers. Je file chercher Romain qui doit récupérer mon sac de draps car je ne me vois pas faire l’aller avec un sac de 15 kg sur le dos. Heureusement, tout baigne et je peux partir le cœur léger. Merci Mimisoso!

Tout le petit groupe est au complet:

Arthurbaldur, notre organisateur et vainqueur de l’an passé
Biscotte, son pote, obligé d’abandonner l’an passé suite aux séquelles d’un accident de voiture
Patrovite, notre spécialiste GPS, qui tracera la route
Killian, avec 2 L (comme la bière, pas comme Jornet) est en short
Tidgi, mon pote Dijonnais Lorrain de Lyon
Jean-Mi, avec qui j’ai fait l’UTMB cet été, est en short + Tee shirt, mais comme il fait -10, il a quand même des manchons
Bambi, la fille qui « danse avec les pingouins »
et moi, bien sur, ce qui fait 8 heureux offeurs pour cet aller vers Sainté.


Killian, Patrovite, Arthurbaldur, Cécile, Jean-Michel, moi, Biscotte et Tidgi

Une petite photo souvenir devant Gerland, la visite de bénévoles de l’organisation qui viennent vérifier si les Fous existent bel et bien, et nous voilà tous en ligne pour prendre le départ officiel, il est 8h30.

Le rythme lent nous permet de nous échauffer, de visiter, de plaisanter. Quelques inquiétudes sur le parcours surgissent rapidement, dès le premier virage dans le parc.
Doit on passer au dessus ou en dessous de ce bosquet? Passera t on au retour par les escaliers ou par la rampe? Devant ces problèmes insurmontables, nous décidons de nous autoriser quelques petites variantes minimes. Du coup, on fait le tour du pâté de maison à l’aller, mais pas au retour, nous longerons le Rhône. Mais n’anticipons pas, il reste 135,5 km à faire!

Ah oui! Je ne vous l’ai pas rappelé, mais la Sainté c’est 68 km, donc l’aller retour c’est 136! avec 3000 m de dénivelée (dans les deux sens puisqu’on revient au départ).

On profite du tour pour admirer de beaux bâtiments modernes, avant de traverser…de l’eau, ça y est je suis de nouveau perdu! Et ensuite on monte. JE RECONNAIS! Moi qui croyais avoir peu de souvenir de cette course faite de nuit dans l’autre sens il y a deux ans, je me rendrai compte tout du long que de nombreux coins sont ancrés dans ma mémoire. (même où j’ai fait pipi. Intéressant?).
Pour se préserver, le groupe montre tranquillement en marchant. On fini toujours par arriver en haut. Cette fois ci aussi. Un virage à droite, un faux plat descendant et nous voilà (déjà?) dans la célèbre côte de l’aqueduc. Sauf que nous, on la descend. Héhé! Enfin héhé pour l’instant, parce que dans pas longtemps, ça remontera.

1h20 de course:
On repère l’endroit où devra se trouver le dernier ravito, celui de Beaunant.
Et ça remonte.
On passe au dessus de la voie ferrée. Je suis le seul à trouver jolies ces lignes sombres qui ressortent sur la neige blanche. Enfin, je suis le seul à le faire croire.
Ensuite, une petite erreur de tracé nous fait passer sur une route au dessus de je ne sais pas quoi au lieu de passer dessous. Puis on remonte.
Tiens! Un chien! On voulait le laisser à Arthur pour lui rappeler ses difficultés canines lors de la reco, mais par manque d’agressivité, il préfère rester à coté de moi pour se faire caresser.


Le chien, pas Arthur!

2h20 de course:
ça y est, on sort (enfin) de la ville, le tourisme campagnard commence. On a (enfin) les pieds dans la neige, chacun sort son appareil et immortalise l’instant.
On est vraiment verni: il fait beau, très beau, pas un nuage ne vient perturber le ciel bleu. Le soleil chauffe peu, mais il est agréable.
Je me suis habillé comme pour mes sorties de ski de fond, alors les -10 ne me gênent pas: Mini guêtres du Team RaidLight au pied par dessus des XTWings Goretex, caleçon long avec le devant wind stopper, nouveau tee shirt breath Mizuno, 2ème couche wind stoppper et le goretex pour démarrer. A cet acoutrement, j’ai bien sur rajouté mes gants de ski de fond « grand froid », mon buff kikourou autour du cou et un buff Saintélyon sur la tête. La poche à eau (1,5l) est remplie avec de l’eau +malto. Quelques « friandises » devraient me permettre d’attendre l’heure du déjeuner. Un tube de Sporténine à portée de main me permettra de n’utiliser aucun gel. Ah, j’oubliais: un sachet de pastilles vichy pour l’apport en calorie.
Bon, ça ne fait pas lourd tout ça, alors j’ai pris ma frontale de puis le matin, plus un sous pull odlo pour le cas ou. Quel cas ou? Pour l’instant, j’ai chaud, alors je rempli mon sac avec le goretex. Quel plaisir de se balader avec seulement deux couches.

On attaque notre première descente: Yahou! Je m’en donne à cœur joie. Les autres aussi!

En bas, il faut sauter au dessus d’un petit ruisseau, le pont n’a pas encore été installé.
On fait le tour d’un étang et je trouve un bracelet « Powder Balance ». C’est un signe, je le mets autour du poignet, ainsi, je suis sur de ne pas tomber dans la neige poudreuse.

Tidgi est jaloux. Mais quelques mètres plus loin, il trouve aussi un bracelet. Il l’appellera: « bracelet anti-chute ». J’espère que ça fonctionnera aussi bien.

Jean Mi teste une plaque de glace sur un flaque, mauvaise idée, il passe à travers.

Je commence à avoir faim, il est 11 heure. Je grignotte un peu en courant.

11h45. Quelle organisation, on arrive à Soucieu pour investir la boulangerie. Les plus gourmands se battent pour des parts de flan. Je choisirai un pain sportif aux noisettes et aux raisins. Miam! Il est excellent et je le mangerai en entier à moi tout seul. J’espère que je vais pouvoir repartir.

La pause est finie, on redémarre sur les trottoirs gelés, la route est dans le même état assez souvent. Ça promet pour cette nuit!

Ah enfin, de nouveau la neige. Au loin des collines. C’est beau. Mais derrière laquelle se cache St Etienne?

On monte, on monte et on fini par arriver au ravito de St Genou, sans être sur les genoux. Les bénévoles sont seulement en train d’installer la tente. Tant pis, on s’arrêtera plus tard.

On continue par la célèbre descente du bois d’Arfeuille, que l’on monte. Ça n’accroche pas terrible, ce sera certainement terrible cette nuit…. On croise un quad de l’orga qui balaye le circuit. Il nous déconseille certains chemin (j’ai rien suivi, je fais confiance à Pierre et aux locaux). Il paraît qu’il y a des congères d’un mètre. Pour l’instant, on continue sur le tracé, et s’il y a beaucoup de neige, il faudra qu’on gère!

En haut, pour se reposer, on admire le paysage. Avec le soleil qui s’abaisse, le voile brumeux de la plaine se perce et on aperçoit les Alpes et le Mont Blanc. C’est magnifique!


Au fond les Alpes, même si ça ne se voit pas sur la photo.

Allez, il faut y aller. On repars en écoutant les tribulations de notre Barbie autour du monde et de ses études sur la VMA du pingouin.

Il a beau faire -10, Jean Mi est en sueur! Déjà cet été, il a franchi le Grand Col Ferret dans la (petite) tempête en tee shirt. Sacré Jean Mi.

Maintenant, c’est presque plat, on court jusqu’à Ste Catherine, haut lieu de ravitaillement. Et justement, notre Gentil Organisateur a placé son Gentil Bénévole avec une table, des gâteaux, des fruits secs, du café et du thé chaud pile poil sur notre passage.

Pendant que Barbie fait un pipi dans un coin, elle voit passer devant elle le camion des toilettes de la course. Trop tard!
Nous allons trainasser pendant une demi heure. Mais il faut repartir, le froid nous gagne. Je décide « intelligemment » de m’alléger un peu: je vais laisser mes gants de ski de fond, beaucoup trop chauds, pour ne garder que la paire de rechange en tissus.

Deux minutes plus tard, je le regrette déjà. Je n’arrive pas à me réchauffer, aussi, je laisse mes compagnons pour courir la montée de « la descente de Ste Catherine ». Dans mes souvenirs de 2008, elle était plus longue et plus forte. Il faudra que je m’en rappelle au retour: ne pas être impressionné par les gens qui stagneront.

On continue de prendre de l’altitude. L’épaisseur de neige croît petit à petit. Les congères sont de plus en plus nombreux, quand, soudain, ils barrent tout le chemin.

Qu’est ce qu’on fait? Ni une ni deux, on fonce faire la trace pour le retour! Génial! Je suis comme un gamin.

Un peu plus haut, on re-photographie les Alpes qui se montrent vraiment bien maintenant. *

Et c’est reparti.

Après avoir laissé sur place un randonneur en raquettes, on croise des skieurs de fond. Ils sont étonnés de voir des coureurs et encore plus d’apprendre qu’on repassera par là en course tout à l’heure.

On profite du coucher de soleil (magnifique) avant d’arriver à St Christo en Jarez. On n’en a toujours pas plein les jarrets.

Ce coup ci, le ravito est en fin d’installation. On rentre sous la tente, histoire de se reposer quelques minutes au chaud. Les bénévoles nous offrent gentiment du coca et des barres de céréales. C’est cool un ravito quand il n’y a personne.

On installe les frontales et zou! C’est reparti pour la dernière longueur…pour ce samedi.

La nuit est là maintenant et on aperçoit les lumières de St Etienne, si proches et pourtant si loin.

Je sais maintenant que ma présence à l’AG kikourou est définitivement ratée.

Les stéphanois doivent être au courant de notre arrivée, un feu d’artifice est tiré…un peu tôt pour qu’on en profite, tout se passe derrière la colline.

On descend sur la ville maintenant. Il reste 7 km à faire en ville, le ventre vide.
J’ai hâte d’être à l’AAB de Mamanpat et de Blob…

mais avant, il faut encore passer la ligne d’arrivée.

On tombe justement sur mimisoso, l’organisateur. Il nous félicite et nous prend gentiment en photo sur la ligne.

Voilà, ça, c’est fait. Y’a plus qu’à rentrer.

Mais d’abord, il faut récupérer notre dossard. On entre dans le hall et immédiatement, on joue les stars. Notre arrivée est annoncée, Arthur parle au micro, et on va vers la queue du retrait.

Arrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrggggggggggggggggggghhhhhhhhhhhhhhh!
Il faut beaucoup de patience pour faire une queue plus longue que la mienne (de patience!).

On se dégonfle et on jouera la carte VIP. Mimisoso a la gentillesse de s’occuper de ça pour nous. On attendra assis 15 minutes dans un coin, avant d’aller dans la salle de presse, au chaud, retirer nos dossard. Vraiment cool pour la récup.

Hop! On file au flore pour l’AAB.
Zut! La majorité a déjà fini de manger. Où sont les copains?
On prend notre badge-sésame et on entre dans la salle.
Je choisi une table sur le coté, au calme.

Une assiette de pâtes. Chouette! C’est ce que je mange depuis mercredi.
J’ai un peu de mal a finir ma grosse plâtrée. Je rajoute la tarte au pomme, mais je squeeze le café. Je vais essayer de faire une sieste avant de repartir. Ça fait parti du programme!

Ce que vous ne savez pas, c’est que cette LyonSaintéLyon est ma première course d’entrainement au tour de l’Oisan de cet été. 180 km et 2 nuits à gérer. Ce premier test m’intéresse: suis je capable de dormir entre 2 courses?

La réponse est oui. Je ne sais pas combien de temps j’ai profité, mais sur les ¾ d’heure de « méditation », je suis sûr d’avoir dormi. Il n’y avait qu’à regarder ma tête.

Maintenant, j’émerge! Je dis deux mots (pas trois) à l’Essuin, une connerie à Mustang, pas de Lutin en vue, je fais la connaissance en vrai de béné38 (un an qu’on se parle à travers les réunions du CA)…

Je révise rapidement mon équipement: idem pareil que tout à l’heure. Je ne me suis même pas changé, je suis sec.
Je vérifie ma poche à eau: je n’ai bu qu’un petit demi litre, il me reste plus d’un litre, ça devrait suffire pour le retour, en complément des ravitos.

Et il est l’heure d’emmener nos sacs.

Pendant que tidgi range le sien dans le bus N°3, je patiente devant le bus N°1. Dès que j’ai fini, je suis sensé le retrouver devant mon bus. Seulement voilà, il y a foule ce soir et on a beau avoir tous les deux une veste jaune fluo, on ne se voit pas. Il m’appelle, mais j’ai placé mon portable dans mon sac, je n’entends rien.
Je suis seul avec Patrovite. Dommage, on a raté la photo du groupe avec le dossard spécial qu’il avait préparé.

On gagne tranquillement le départ. Enfin, le fond de la queue. En 2008, j’étais au virage, mais là, je suis à au moins 100 m du virage!

Bon, la suite est moins intéressante, c’est la course, on ne voit rien, il y a du monde, de la neige, de la glace, beaucoup de fébrilité, un peu d’attente…. si? Vous voulez savoir? Bon, je raconte:

Quand le départ est donné, on est tellement loin qu’on ne le sait pas. Heureusement, la foule hurle, alors, on a un doute. Puis, lentement, le mille pattes, que dis je, le quatorze mille pattes s’ébroue. NOUS AVANCONS!

Après un temps plus que certain, nous finissons par atteindre cette ligne de départ par laquelle nous étions arrivé quatre heures plus tôt. Encore quelques décamètres et on commence à trottiner.
Pour l’échauffement, c’est bon, je crois que je peux y aller.

Je n’ai pas revu mon pote Jean Mi, mais il avait l’air un peu fatigué. Ça doit être plus dur pour lui de repartir, parce que son lit bien douillé est tout prés. Mais il est reparti, j’en suis sûr. Il est quand même finisher du Tor des Géants. Ça vous classe un homme!

Le film commence à se rembobiner. On repasse devant le thermomètre géant. Tiens, il fait 1 degré de plus, seulement -7.
Avec la foule, et Killian que je viens de rejoindre, la traversée de St Etienne me paraît plus courte qu’à l’aller.

Je m’amuse de toutes les angoisses de mes voisins sur l’état du sol, de la distance… je suis zen! Aucun stress! Pas de challenge horaire. Je vais essayer de faire pour le mieux et puis c’est tout. Ça donnera ce que ça voudra bien donner. Seul détail important: je veux finir en bon état. Pas question de trainer des crampes ou des courbatures.

On attaque la côte de Sorbiers, j’ai perdu Killian lors d’un de mes arrêts au stand, mais je retrouve Patrovite.
On converse toute la montée, mais je le perds sur le plateau.
Alors que je continue, j’entends qu’on me traite de nain lors d’un doublement: c’est Barbie. Elle est contente d’apprendre que patrovite est derrière avec son autocollant spécial LyonSaintéLyon. Elle l’attends, je file.

On est dans la neige, les sentiers sont encore plus étroits que lorsqu’ils sont boueux. Les doublements par l’extérieur sont un peu plus fatiguants que d’habitude, alors j’essaye de les limiter.
Mais je l’avoue, j’éprouve énormément de plaisir à profiter des descentes pour doubler comme un malade. Ça me rappelle ma jeunesse motarde sur le périph parisien.

Un peu avant l’arrivée au ravito de St Christo, on passe par la gauche du petit lac au lieu d’aller tout droit. Ce qui nous fait franchir un petit pont, et perdre plusieurs minutes de queue. Bien sur, il y a toujours des indisciplinés qui se pensent plus malin que tout le monde et qui en profite pour doubler. Ça m’énerve un peu. Mais, comme cette nuit, je suis zzzzzzzzeeeeeeeeeeennnnnnnnn, je ne dis rien!

Au ravito, j’essaye de revoir la dame qui nous a offert à boire tout à l’heure, mais impossible, trop de monde.


plus la même ambiance que tout à l’heure…

Un verre de coca, une connerie à manger (celle que je peux attraper) et je file. Enfin, plutot, je déguste en marchant dans la côte.
La femme a coté de moi s’inquiète des chemins. Je la préviens que dans la descente qui vient, il y a des plaques de verglas sur la route. Elle me demande comment je sais ça. Facile, je suis venu à pied. (ça c’est la frime!). Et je profite de la descente pour détaler.

Sur un sommet, je me retourne et vois une guirlande de lucioles. Ouah! Tout ça, ce sont des gens que j’ai doubler! Ça me donne la pêche!

Je gère toutes les montées en marche. Malheureusement, impossible de marcher vite, trop de monde. Il faut prendre son mal en patience. Souvent, une tentative de doublement coute cher en énergie pour pas grand chose, alors, je ne double que lorsque c’est relativement facile.
Sauf en descente où c’est relativement: Banzaï!

Lorsqu’on arrive dans la zone des congères, on est carrément arrêtés plusieurs minutes. Cela stress quelques uns.

Puis on arrive sur Ste Catherine. Je reconnais la descente et je sais comment elle est depuis cet après midi, alors je double comme un malade par la droite, dans le champ. C’est cool. Mais dans le champ, je ne suis pas dans le chemin! Alors, il faut se résigner à revenir sur ma gauche. Et je place mon pied gauche sur un gros ..?.. rocher? Qui me renvoit vers la droite. Je place justement mon pied droit sur n’importe quoi aussi et j’arrive tant bien que mal à passer à gauche du piquet de parc et revenir dans le chemin sous les cris de mes voisins impressionnés… (par ma chance).

Le ravito de Ste Catherine est avalé aussi vite que les autres. Un verre de ce qu’il y a devant moi avec un morceau de ce qu’il y a devant moi.

A la sortie de Ste Catherine, les premiers relais me doublent…vite, très vite.

Dans les montées, pas besoin de regarder la couleur du dossard, ça marche, c’est solo, ça court, c’est relais.

Je les laisse filer dans les côtes et sur le plat, mais je leur emboite souvent le pas dans les descentes.

Sauf dans la descente d’Arfeuille, où là, vraiment, ça bouchonne. Quelques relais nous doublent, mais j’ai un peu peur de n’avoir pas assez de tonus pour faire des bonds de cotés si le besoin s’en faisait sentir.

En bas de la descente, sans raison apparente, tout le monde sort du chemin pour passer de l’autre coté des arbustes. La voie est libre, je me penche bien en avant et je file. J’arrive en bas sans plus de difficultés. Je ne sais pas si d’autres m’ont suivi.

Quelques fois, je suis presque gêné par la lumière d’autres coureurs. Je ne comprends toujours pas pourquoi certains recherchent des courses de nuit, mais s’équipent pour courir comme en plein jour. Cette année, j’ai trouvé que les luminaires avaient fait des progrès. Combien de fois ai je marché sur mon ombre, ma frontale ne suffisant pas à contrer celle des autres. Heureusement que je m’entraine à me déplacer sans lampe…

Un peu avant Soucieu, la route est belle, elle descend, je regarde l’heure: il est 5h30 et il me reste moins de 30 km à faire. Je me mets à rêver d’une arrivée autour des 8h30. Mais, je réalise soudain que je devrais tenir le 10 km/h de moyenne. Un peu présomptueux! Revenons sur terre. Si j’arrive à faire 9 h, ce sera bien.

Tiens le Lutin! J’échange deux mots. Le Mustang est en train de le poutrer, il ne se sent pas très bien, la Rochelle lui fait payer son marathon sous ecstasy: la drogue et le sport de haut niveau n’ont jamais fait bon ménage!

Je m’excuse, j’ai des jambes, je file et lui promets de le voir à Gerland…

Je viens maintenant de passer les 110 km, chaque mètre augmente mon record. Au lieu de me fatiguer, cela me donne du peps. Je suis euphorique, j’ai envie de le dire à tous ceux que je double ou qui se lamentent… mais restons modeste, je ne suis pas au bout, et j’aimerais y aller en courant!

Soucieu! Le ravitaillement! Je chope un verre d’eau et une tranche de fromage que j’essaye de manger en sortant. Peine perdue, il fait de petits grumeaux dans ma bouche. Je n’arrive pas à saliver assez pour le faire passer…Il nourrira certainement de petits animaux.
Dommage j’ai faim. Je me contenterai d’une pastille vichy et d’une sporténine.

On est maintenant sur la route et je suis content d’avoir laissé mes XTWings que je trouve un peu dures pour cette vieille paire qui me porte sur la Sainté pour la deuxième fois.


elles sont vieilles, elles aussi, mais elles vont bien!

Par contre, la neige a été remplacée par du verglas et j’ai vu 2/3 chutes assez impressionnante. Je me concentre sur mes positionnement de pied. Je ne suis pas tombé pour l’instant, j’ai même récupéré quelqu’un par deux fois, pourvu que cela dure.

On descend les fameux escaliers. J’y vais tranquille, je ne suis plus sur de mes cuissots.

On visite le sentier par dessous le je ne sais pas quoi du début de mon CR, on repasse sur le pont du chemin de fer, et on arrive au ravitaillement de Beaunant. Je n’essaye même pas d’aller chercher à manger, un verre d’eau en bout de table, et je repars.
Je crois que j’ai vu l’Essuin à cet endroit.

La cote se monte tranquillement. Je vois que je suis un peu fatigué, je n’arrive pas à marcher plus vite que mon entourage… et sur le faux plat, j’ai du mal de relancer.
Mon GPS c’est arrêté, il a calé avant moi, mais je dois en être à presque 130 km.

On redescend vers la rivière (laquelle? Je n’ai encore pas compris).

J’essaye d’encourager une jeune fille qui semble démotivée en lui disant que j’ai fait l’aller-retour. Elle me regarde comme un débile qui veut lui faire gober n’importe quoi! Je n’insiste pas.

Les escaliers se passent bien, on traverse la route et je franchi la rivière pour atteindre la rive gauche. On descend sur les quais et on court sur de la glace. C’est dur! Je n’arrive plus à avoir assez de tonicité pour aller vite et je dois me contenter d’un petit pas régulier. Ce n’est plus moi qui commande, ce sont mes jambes qui oscillent mécaniquement. Je sens que j’ai réussi, je ne suis pas au bout, mais c’est pour bientôt. Encore un peu de ligne droite interminable, mais j’en suis sur, au fond, je vois les gens tourner à gauche, c’est certain, ils arrivent dans l’allée du parc de Gerland et c’est la victoire!

Mais voilà! Le potamologue progresse! Je découvre avec stupéfaction que je viens de descendre la rive droite de la Saône et que je vais devoir remonter la rive gauche du Rhône, traverser le Rhône et redescendre la rive droite du Rhône pour aller en face. En face! En face? Mais pourquoi n’y a t il pas de bac?

Je prends mon courage à deux mains, à défaut de prendre les jambes à mon cou. Et je longe le Rhône. C’est encore plus interminable que la Saône.

Et toujours pas de goudron, de la glace, de la glace et de la glace. J’en ai quand même marre. Alors je m’évade, je pense à autre chose: en 2011, je voudrais faire un 24H et les 100km de millau. Quoi? Je suis en train d’en chier et je pense déjà à un autre ultra? Il va falloir que j’aille consulter!

Enfin, en attendant, j’arrive en vue de Gerland. Je demande l’heure, il est 9h10. YES! Pari gagné!

Alors, je suis tout fier devant les photographes.

Je franchi la ligne d’arrivée, vainqueur de cette LyonSaintéLyon, dans le plus grand anonymat.

Je grignotte un petit morceau, je bois surtout de l’eau gazeuse. Je n’ai pas assez bu, je découvrirai qu’il me reste presque 1/2l dans la poche à eau!

Je m’accroupi quelques instants à coté d’un autre kikoureur, puis je récupère mon sac et j’erre lentement dans Gerland. Je tombe sur Blob, le félicite pour son élection au CA, il m’offre une bière, comment refuser.

Un peu après, la flemme me gagne. Je n’ai plus le courage de remarcher au froid pour aller prendre une douche fraiche. Je me contenterai de m’essuyer dans ma belle serviette kikourou et remettre des habits propres.


je me disais bien que j’avais un truc qui me génait au départ…

Je m’installe un petit couchage pour attendre les copains qui arriveront TOUS les uns après les autres.
C’est une belle édition, une météo exceptionnelle, un aller très sympathique, et la victoire de tous.

Je ne sais pas ce qui s’est passé, j’étais allongé tout prés du podium, mais j’ai eu une coupure générale qui m’a fait rater le podium féminin.

Lorsque je me suis réveillé, j’ai vu mon Jean Mi avec la coupe de la première féminine offerte par Maud. Il revenait vers Dawa, je l’ai rejoint, on a bavardé. Bon! Dawa nous a traité de fous, mais c’est peut être un compliment.

Après que tout le monde soit arrivé, Jean Mi et moi on est allé en pizzéria. Je n’ai rien pu manger, Jean-Mi pas beaucoup. On s’est contenté de coca et il m’a ramené à la gare de la Part Dieu.

Et là, la grande classe: je sors de la voiture, je m’accroche à une barrière et je vomi dans le caniveau.

Un chewing gum plus tard, je monte dans le train pour deux heures de sommeil non stop.

Arrivé à la maison, ma Jupette est contente de me retrouver en aussi bonne forme: je prends un bain, je ne mange presque rien, avale quelques médocs (pas du vin!) et je file au lit, fiévreux pour 12 heures de sommeil.

A priori, une petite gastro. J’ai eu plus de chance que Tidgi (il vous racontera)

Lundi matin, c’est le boulot, j’ai encore des lucioles plein la tête.

Fulgurex. 🙂
L’extase du Fulgu

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