La SaintéLyon… En 2008 c’était mon 2ème ultra à peine, et sur la ligne de départ à minuit ; je me demandais si j’étais capable d’aller au bout… Trois ans plus tard me revoilà sur la ligne de départ mais cette fois je fais l’aller en courant avec toute une bande de joyeux allumés.

LyonSaintéLyon : une gentille blague, un truc de dingues, une petite folie qui fait du bien par où ça passe en ces temps de banalisation de la fumisterie et du canapé-bière où la plupart des gens prennent leur bagnole pour aller chercher le pain à 500m de chez eux.

Ici le concept de la « LSL »est simple : pour participer à la célèbre SaintéLyon qui fête sa 58ème édition en cette année 2011, il faut se rendre au départ… en courant ! Comme le disait si bien Eric à l’Etoile Savoyarde quand le photographe lui demandait pourquoi il courait autant : « c’est parce que je suis malade en voiture »…

Episode 1 : l’aller !

Samedi 3 décembre, 7h30 : je quitte la maison où toute la petite famille est encore endormie. Les affaires chargées dans la voiture, je mets le cap sur Lyon avec de la musique de circonstance, les Wampas : « Jalabert est devant, le visage grimaçant, personne ne peut le rattraper…»

8h00 : j’arrive aux abords du palais des sports où les 19 partants de la « LSL » se sont donné rendez-vous. La première difficulté inattendue se produit : trouver une place. Les vigiles ne veulent pas que l’on se gare sur l’immense parking devant le palais des sports parce que le soir il y a un match de football. Argl, moi qui n’aime pas le foot, ça commence bien ! J’ai beau négocier, expliquer au vigile que moi c’est le rugby que j’aime, et que le foot c’est un sport de filles, il me dit que justement ce sont les féminines de l’OL qui jouent… Bon ok, devant cet acharnement, je file un peu plus loin pour garer la voiture qui est censée restée ici au moins 24 heures…

Nous nous retrouvons tous devant la boutique de l’OL (décidément) et je regrette que la boutique soit fermée, je serais bien allé demander s’ils avaient un maillot de St Etienne, histoire de mettre un peu d’ambiance 🙂

8h30 : Cécile « Barbie » est arrivée, nous sommes au complet et nous pouvons donc y aller. La température n’est pas vraiment clémente mais il paraît que c’est normal à cette époque de l’année, et que de toute façon ça a beau faire 16 ans que j’ai été adopté par les Lyonnais, j’ai gardé mes réflexes de languedocien exilé. En dessous de 20° j’ai froid… Pas comme notre Biscotte internationale qui part en tee shirt et manchettes. Voilà un traileur qui n’a pas froid aux yeux !

La petite famille d’Arthur, le maître de cérémonie et G.O de cette plaisanterie, nous a gâtés : buff aux couleurs de la LyonSaintéLyon, voiture pour charger nos sacs et les ravitos pour Ste Catherine… C’est le luxe.

Nous nous arrêtons devant l’entrée du palais des sports pour une photo souvenir… Il est maintenant 8h50 et nous décollons en petites foulées, guidés par Biscotte « La Trace » et son GPS made in Taiwan à piles rechargeables (attendez la suite :o))

Thierry « Tidji » lance, mi-goguenard, que ça aurait de la gueule de revenir ici même à 8h50 demain, soit 24h, pour boucler la boucle de l’aller, du repos et du retour… Mouais, pas gagné !

Le petit groupe de 19 coureurs avec sac à dos se met donc en route dans le sens inverse de la course. Line, accompagnée de Jean-Michel, ferme la marche, en proie à des petites contrariétés de santé. Les photographes sont déjà aux affaires et le soleil voilé semble annoncer une journée à peu près clémente…

La confluence du Rhône et de la Saône… cela fait des années que je ne suis pas passé dans le coin, c’est l’occasion de redécouvrir un quartier que je ne fréquente guère.

Nous profitons de ces premiers kilomètres pour échauffer doucement les machines, discuter, faire connaissance avec les participants.

Après avoir grimpé la côte de Ste Foy, nous croisons des gens étonnés et l’un d’eux à qui nous expliquons que nous courons la LyonSaintéLyon rétorque en montant dans sa voiture un « Quoi ? LyonSaintéLyon ? Mais c’est de la folie ! » qui nous fait bien rire…

En bas de la côte de Beaunant, nous arrivons près des aqueducs éponymes. C’est l’occasion de se retourner pour contempler cette méchante côte qui nous attendra demain matin… et qui nous fera sûrement grincer cuisses et mollets !

Le ravito de Beaunant n’est pas encore monté, mais les structures sont en train d’être assemblées : tout se prépare… Tous les 5 kilomètres, nous rencontrons les panneaux qui font le décompte des kilomètres restant jusqu’à l’arrivée. Et c’est assez marrant de voir ce décompte augmenter !

Le groupe avance gentiment. Nous marchons dans les côtes et nous courrons tranquillement le reste du temps.

Biscotte « La Trace » nous oriente, et nous repérons assez facilement les panneaux « SaintéLyon » disposés dans l’autre sens. Il faut dire que notre Biscotte a du mal avec ses piles rechargeables qui semblent à plat et c’est Arthur qui va sortir 2 piles neuves pour que la bestiole made in Taiwan se montre moins capricieuse (la bestiole c’est le GPS, Biscotte lui est bien made in France). Nous voilà donc à Soucieu. Premier arrêt prévu pour un petit casse-croûte à la boulangerie au son des animations du Téléthon. Je me laisse tenter par une tarte au sucre suivie d’un sandwich au fromage…

Ben oui, je me dis que quitte à faire la SaintéLyon à l’envers, faut que je fasse pareil pour le casse-croûte : le dessert avant le sandwich… Les deux passent très bien ; si ce n’est que le petit vent frais combiné à l’arrêt de la course nous refroidissent méchamment. Et bien sûr j’ai laissé mon coupe-vent dans le sac du ravito pour Ste Catherine donc pas le choix, faut courber l’échine et attendre que ça passe. Dans quinze kilomètres on pourra se mettre au chaud, mais pour l’instant la remise en route est fraîche…

On court, on blague, on marche, on fait des photos, on court, on fait pipi, on blague, on marche, on court… C’est le principe du OFF et c’est chouette.

Et l’air de rien, on avance. Le bois d’Arfeuille se présente et j’apprécie de le voir enfin. Faut dire que tous les coureurs qui ont fait la Sainté Lyon ne me parlent que de cette section et je n’en ai pas le moindre souvenir lors mon passage ici en 2008… C’est d’ailleurs étonnant de faire l’aller de jour, je reconnais certaines sections alors que pour d’autres j’ai l’impression de passer ici pour la première fois de ma vie.

Passage à proximité de Riverie où Thierry « Tidji » nous sort sa minute nécessaire en nous apprenant que Riverie est la plus petite commune du Rhône en superficie. Une recherche ultérieure sur wikipedia m’apprendra que c’est aussi la 10ème plus petite commune de France en superficie.

Sainte Catherine, 38ème kilomètre de l’aller. Il est temps de se payer un bon ravito maison. Notre équipe choc de bénévoles nous a rejoint avec la voiture et les sacs remplis de victuailles… Et les équipes de la course officielle nous accueillent gentiment sous les tentes du ravito du soir. A cette heure-ci, c’est vide, calme et propre ! On nous apporte du chauffage, des bancs : c’est le luxe. Soupe de vermicelles chaude pour se réchauffer et puis on attaque les choses sérieuses : beaufort, comté, tome des bauges, saucisson, cake aux olives, jambon de pays, pâtisseries orientales, gâteaux, chocolat, confiseries… n’en jetez plus, c’est l’heure du gavage en règle, j’adore !

Arthur nous a en plus réservé une surprise : un tirage au sort de dossards offerts pour 2012 ! Et le plus chouette c’est que comme à l’école des fans, tout le monde a gagné quelque chose : trail Verbier, trail des cabornis, trail de st jacques… et comme le hasard fait bien les choses, je tire pour ma part le Lyon Urban Trail, le seul trail sur macadam et en plus à domicile : le pied pour moi qui ait prévu une saison 2012 100% goudron !

Le côté moins sympa de cette pause ravito, c’est que Line, toujours malade, décide de mettre le clignotant.

Nous repartons donc à 18 (coureurs, pas km/h !) sous la pluie qui se fait plus présente. Je laisse tomber mon bob fétiche et enfile le coupe-vent qui doit suffire pour cette pluie certes régulière mais fine.

Nous avançons sur notre même rythme qui va bien, plutôt rando course qu’autre chose, idéal pour progresser sans se cramer et prendre le temps de papoter. Nous approchons de St Etienne dont nous apercevons les lumières alors que la luminosité décroît progressivement. Nous avons allumé nos frontales. Et même si ce n’est rien à comparer de ce qui nous attend dans quelques heures, le serpent de 18 frontales ça a de la gueule aussi 🙂

Dans une descente un peu piégeuse, Bruno pousse un cri et se range sur le côté. Nous craignons que l’entorse oblige notre compagnon à stopper mais le bougre est du genre dur au mal et après quelques centaines de mètres en boitillant, il repart sur un bon rythme.

Saint Christo. Les bénévoles sont occupés à préparer le ravitaillement des coureurs de la course officielle. Ils nous accueillent à l’abri de la pluie et nous papotons un moment, profitant de cette chaleur humaine. Nous restons un moment là, à boire un coup et à grignoter puis nous lançons des « à toute à l’heure » et nous repartons… toujours sous la pluie fine.

Arthur, depuis qu’il participe au trail Verbier et qu’il s’est créé des accointances avec nos amis Suisses, a hérité de leur précision. Aussi, pour saluer notre arrivée dans la ville verte, 2 feux d’artifice sont tirés dans la plaine du Forez. Cela compense le coucher de soleil que les vilains nuages de pluie nous ont volé…

Comme Biscotte « La Trace » n’en a pas assez, nous nous payons quelques détours dans la ville verte à la recherche de ce satané stade de Geoffroy Guichard emblème de tout un peuple. Cette descente depuis Sorbier est interminable mais finalement, encore un coup de la précision d’Arthur au pays des Helvètes : passage sous l’arche de départ (de mi-course pour nous) au 70ème kilomètre de mon GPS. La balade nous a occupé 11h30 dont 1h15 de pause. C’est le moment de faire une photo de groupe pour marquer la mi-course. Dans le groupe, tout le monde est quand même bien content de voir ce stade.

Après les photos de circonstance, direction le parc des expos, à pied. Il nous faut un peu de temps pour y arriver, non pas que ce soit très loin mais plutôt parce qu’on est un peu pressé de se mettre au chaud et de se changer.

Encore une fois, la Arthur Team Family va s’occuper de nous, que dis-je, nous chérir, en récupérant pour nous dossards, les sacs offerts avec l’inscription. La voiture est garée à quelques mètres à peine du parc des expos, nous pouvons prendre nos affaires pour nous changer. C’est le luxe je vous dis pas !

Nous nous posons dans un coin du parc des expos pour nous changer. Derrière nous, un groupe de coureurs essaye de se reposer avant le départ. Il est 20h40 environ. Il nous regarde un peu étonnés de nous voir débarquer en tenue, les chaussures déjà un peu sales… Quand on leur explique qu’on vient de Lyon ils trouvent ça étonnant mais quand on leur dit qu’on va prendre le départ avec eux pour rentrer, là c’est un remake de « Rencontres du 3ème type ». Je me souviendrai longtemps de l’expression sur leurs visages… Ah ah, j’en rigole encore 🙂

Bon, on blague, mais il faudrait voir à finir de se changer. Opération crémage à la NOK épisode 2, chaussettes propres, collant long à la place du corsaire porté à l’aller. La météo semble clémente mais avec la fatigue de l’aller dans les jambes, je me méfie de l’effet aux premières heures de l’aube. Je regrette simplement de ne pas avoir emporté une paire de chaussures de rechange car les Mizuno Ascend que je teste pour Ultrafondus sont bien mouillées par les 70 km de l’aller. Tant pis, on fera avec…

Je récupère le petit papier avec mon numéro de dossard (6500 tout rond) pour le fixer à mon sac que je balance dans la navette pour Lyon. J’ai déjà fixé la puce à mes lacets, j’ai tout ce qu’il me faut, je suis prêt à prendre le départ du retour… Mais il reste plus de 3h donc un petit repas sera le bienvenu. Direction le Flore où nous avons réservé nos assiettes de pâtes. Cet interlude nous permet de couper de l’ambiance et de reprendre un peu des forces au calme. Pas question de dormir toutefois, je suis du genre pénible pour ça : il me faut un lit, de l’obscurité et du silence, sinon impossible de m’endormir.

Je mange une généreuse assiette de pâtes (option carbonara pour moi) avec les copains et les copines de l’aller. Je prends conscience que je ne ressens aucune fatigue physique. Mes jambes vont nickel, j’ai la même sensation de fatigue qu’après un footing de 2 heures. C’est plutôt bon signe pour la suite du programme ! Je profite de l’eau à disposition pour remplir ma poche à eau avec mon mélange habituel : 50% eau plate, 50% St Yorre. Ensuite je retire les chaussures et me met en position relax, les pieds sur la chaise devant moi. A défaut de dormir, je me relaxe et on papote. Moi qui redoutais un peu cette coupure, elle se passe plutôt bien. Ma seule inquiétude concerne mes lentilles : mes yeux les supporteront-ils plus de 24 heures ? De toute façon, pas le choix, j’ai laissé mes lunettes dans le sac qui est dans la navette.

Episode 2 : le retour !

Un peu après 23 heures, ceux qui n’ont pas encore confié leurs sacs à la navette se préparent à aller le faire. Nous quittons le Flore en petits groupes. Chacun à son rythme, et forcément, nous nous dispersons un peu. Je n’en reverrai plus certains, j’en perdrais d’autres avant de les retrouver par hasard dans la foule sur la ligne de départ.

Et aux abords du parc des expos je tombe par hasard sur Fabrice, un copain d’enfance qui est accessoirement devenu un coureur de haut niveau. C’est pourtant son épouse qui prend le départ de sa première Sainté Lyon dans quelques minutes. On papote donc, ça fait rudement plaisir de les voir ici ; on se connaît depuis la maternelle et depuis mon exil à Lyon en 1996 je n’ai plus trop l’occasion de le voir.

Ayant perdu tous mes compagnons de la Lyon Sainté Lyon dans l’histoire, je décide de me rendre sur la ligne de départ avec Fabrice et Fabienne. Finalement je retrouverai une partie des copains et notamment Tidji avec qui nous allons courir plusieurs kilomètres au départ.

Il y a un monde fou sur cette ligne de départ. Nous autres participants de l’aller retour, nous avons peut-être quelques lumières de plus dans les yeux, et surtout l’envie farouche de nous accrocher et d’aller au bout.

De mon côté je me sens bien, heureux. Rien à voir avec ma participation de 2008 sur la course officielle. Rien à voir non plus à ce que je pensais ressentir. J’ai envie de courir. J’ai envie de rentrer à Lyon en courant, de mener à bout cette balade. J’ai bien profité de cet aller en groupe, maintenant j’ai envie de me payer une tranche de plaisir solitaire, égoïste, jouissif. On verra si mes jambes seront d’accord. Pour les ménager, j’ai décidé de rester calme jusqu’à Sainte Catherine et d’aviser ensuite.

Une déflagration retentit. C’est le départ ! Nous nous souhaitons bonne course entre compagnons de l’aller retour. Les sourires sont là, maintenant il faut rentrer…

Les premiers kilomètres sont étranges. Le cerveau est préparé à faire le retour, il n’y a pas de doute. J’ai des flash-back de 2008 qui me reviennent. Je n’aurais pas pensé revenir sur cette course et pourtant voilà, ça repart. Tidji et moi courrons à peu près au même rythme. Dès que la route s’élève un peu, nous marchons. Le reste du temps, la course se fait en footing pépère. Les jambes sont certes un peu usées mais bien moins que je ne redoutais. L’ambiance est étonnante. On sait ce qu’on vient de faire et c’est marrant d’être là avec ceux qui sont frais comme des roses et qui se prépare à envoyer le pâté. Du reste, il y a énormément de coureurs devant nous et sûrement pas beaucoup derrière…

Je cours détendu, serein, zen. Les jambes répondent bien, en sous-régime tout se passe bien. Dans Sorbier, je m’arrête quelques minutes pour discuter avec mon beau père qui est bénévole et qui bloque un rond point pour nous.

J’ai hâte d’arriver dans les chemins, de voir toutes ces frontales devant et derrière, c’est une image d’Epinal de la SaintéLyon mais c’est vrai que c’est sympa. Et lorsque les pieds rencontrent les premières portions de terre, on n’est pas déçus du voyage. En plus, je suis dans un groupe compact qui marche alors je marche et je me retourne, je regarde surtout devant, les frontales qui nous précèdent sur les versants face à nous dessinent l’itinéraire qu’il nous reste à faire.

Le terrain… Parlons-en ! Alors qu’à l’aller tout allait bien, au fur et à mesure que nous progressons, les sentiers se sont gorgées d’eau de ruissellement et surtout se sont fait piétiner par des milliers de paires de chaussures. Et là où à l’aller, il n’y avait qu’une petite ornière à moitié humide, il y a maintenant des flaques de boue profondes qui ne cherchent qu’à gober vos pieds. J’ai une pensée pour les coureurs croisés à St Etienne qui nous demandaient conseil sur le type de chaussures à adopter et à qui j’ai répondu que ce n’était pas boueux du tout…

St Christo : SaintéLyon KM 16 / Lyon Sainté Lyon KM 86

Temps de course : 2h07 . Classement : 3559ème

Avec toutes ces pensées, nous voilà déjà à St Christo : 86ème kilomètre pour les allumés de l’aller-retour. Je me sens toujours bien, frais. Les jambes tournent, le souffle souffle, le cœur pompe, bref tout va bien ! Je retrouve même Arthur au ravito en train de s’empiffrer. Cela me fait plaisir de tomber sur lui, on papote deux minutes en quittant le ravito ensemble. Vu la chaleur et le monde sous la tente, je n’essaye même pas de m’arrêter. J’ai des barres de céréales, de l’eau donc je ne fais que passer…

Arthur semble être en forme, ça fait plaisir. Nous courrons donc côte à côte un petit moment et puis on se perd parce que dans le noir, avec tout ce monde, les flaques de boue, les lumières des frontales pour voir où l’on met les pieds ; ben c’est pas simple pour courir ensemble. Je continue donc tout seul mon petit bonhomme de chemin, en poursuivant la même recette que jusque là : calme sur le plat, prudent dans les côtes abordées en marchant. Je ne double même pas lorsqu’il y a des bouchons parce que des coureurs contournent les grosses flaques d’eau. Par contre quand j’ai la place, je passe tout droit dans la boue, c’est mon côté marcassin du Languedoc…

Sainte Catherine : SaintéLyon KM 28 / LyonSaintéLyon KM 98

Temps de course : 3h44 . Classement : 3221ème

L’arrivée au ravitaillement de Sainte Catherine se fait après une descente où j’ai envoyé du bois. Le principe est simple : pour éviter de passer trop de temps à souffrir des cuisses dans les descentes casse gueule, j’ai décidé de les faire à fond. Sur le long terme je ne sais pas si c’est un bon calcul mais sur le moment oui, ça l’est. Et c’est même jouissif. A tel point que lorsque j’arrive sous la tente du ravito, je dois m’obliger à me calmer pour ne pas repartir en sprint aussi sec. Je suis enthousiaste car je constate qu’après 100 kilomètres, mes jambes tournent toujours bien, que je n’ai mal nulle part, que je ne suis pas fatigué plus que ça, et que j’ai envie de bouffer encore du kilomètre. J’ai vraiment l’impression d’avoir fait 30 kilomètres. Exactement comme si l’aller n’avait pas été fait. Et ce constat me file une de ces patates !

Je décide malgré tout de me calmer et de boire frais. Comprenez par là : de refaire le plein de la poche à eau. Il y a des robinets disposés comme dans une colonie de vacances, j’en aurais bien profité pour me laver les dents, ça aurait été marrant mais j’ai oublié la brosse. C’est un truc à faire une prochaine fois !

La poche à eau remplie, je repars sans rien manger, j’ai toujours quelques barres de céréales dans les poches du sac et puis pas forcément faim.

En repartant du ravito, j’ai donc la pêche et surtout cette petite accélération sur la dernière descente m’a donné envie de mettre du gaz. Je jette un œil à ma montre, repense aux mots d’Arthur et de Tidji au départ de Gerland : « moins de 9 heures ? » et je me dis : « ça doit être faisable si on passe la seconde ! »

Pour passer la seconde sur la SaintéLyon j’ai un truc infaillible : le mp3 ! Depuis St Etienne je courrais avec les écouteurs dans les oreilles mais sans brancher l’appareil. Maintenant j’appuie sur « ON » et la lecture aléatoire des quelques 26 heures de musique se positionne sur « Let there be rock » d’AC/DC enregistré en live en 1978 avec Bon Scott au micro. Le genre de morceau qui va très bien pour ce genre de plaisanterie. Je décide donc que maintenant, je vais envoyer.

Allez hop c’est parti. Il reste 38 kms : une paille ! bon ok, pas vraiment mais c’est pas grave…

Saint Genoux : SaintéLyon KM 34 / LyonSaintéLyon KM 104

Temps de course : 5h03. Classement : 2641ème.

Le problème de cette section plutôt courte en distance entre Sainte Catherine et Saint Genoux c’est qu’il y a le bois d’Arfeuille et que le bois d’Arfeuille, ça rime avec casse-gueule. Surtout que je ne suis pas seul, et que ça bouchonne sec devant. Les coureurs sont plutôt prudents, on ne peut pas leur en vouloir. Je me fais d’ailleurs la remarque que cette année, contrairement à 2008, je n’ai pas été embêté par les relais qui dépassaient comme des fusées. En partant après les relais, c’est quand même plus confortables pour nous autres les diesels.

Bon alors voilà, on en est là, dans ce bois d’Arfeuille, à ralentir, à piétiner, je reste poli, derrière et puis au bout d’un moment je prends les abeilles et j’envoie les gaz. 100 km dans les gambettes, ça se fête crénom de diou ! Et hop que je saute d’un caillou à l’autre, et hop que je dépasse en pas chassé, et hop et hop, enfin bon, faut quand même faire gaffe de ne pas s’étaler la face par terre, ça ferait désordre. Mais tout se passe bien, les Mizuno Ascend se révèlent bien plus à leur aise que je ne l’aurais soupçonné avant cette Sainté Lyon. Elles accrochent sur le caillou, dans la gadoue, elles tiennent sur les feuilles. Bon, ce n’est pas le niveau des Inov8 mais ça reste très correct.

Quand j’aperçois le ravito de Saint Genoux, je passe une main sous mon sac à dos (j’ai essayé de le faire avec le pied mais c’est beaucoup plus difficile) afin de sonder le niveau d’eau. Comme je m’y attendais c’est plein donc à Saint Genoux pas de coup de mou : GAZ !

Soucieu en Jarrest : SaintéLyon KM 45 / LyonSaintéLyon KM 115

Temps de course : 5h55. Classement : 1947ème.

À partir de Saint Genoux le profil de la course change un peu. On sort des bois, il y a un peu moins de sentiers, et ça descend pas mal.

Le mp3 toujours vissé sur les oreilles, je suis dans ma bulle. Les descentes ça je connais, les préparations aux 2 éditions des 100 km de Millau ainsi qu’à l’Etoile Savoyarde ont habitué mes jambes à encaisser. Je dirai même que j’ai appris à aimer ça. Alors j’envoie la sauce. 700 coureurs dépassés en 52 minutes pour faire la jonction entre St Genoux et Soucieu. Dans mes oreilles, Megadeth joue « Take no prisoners » morceau culte de metal du début des années 90. Un tempo idéal pour envoyer. Je ne sens pas les 110 Kms accumulés depuis Gerland le samedi matin, je suis bien, la température idéale pour courir. Je ne pense à rien d’autre qu’à courir et à surveiller ma montre pour tenir mon pari de rentrer à Lyon avant 9h du matin.

Je double donc des coureurs par poignées entières, avec parfois un différentiel de vitesse qui m’étonne moi-même. Je sens leurs frontales scruter mon dossard pour savoir si je suis un relais ou un solo. Intérieurement je me marre. J’imagine ce qu’ils diraient si en passant je leur confiais que je fais l’aller-retour. Une petite voix intérieure me dit pourtant de ne pas faire le kéké, que je peux très bien me prendre un méchant coup de barre et devoir marcher pendant 20 bornes, que ça m’apprendra à faire le malin. Puis une autre petite voix intérieure me dit qu’avec tous les kilomètres que je m’enfile à l’entraînement c’est normal que je me sente bien et que je n’ai pas de mérite de doubler tous ces coureurs donc je ferais bien de rester modeste.

De toute façon je ne parle pas, je ne m’intéresse pas beaucoup à ce qui se passe autour de moi depuis Sainte Catherine, peut être même avant, concentré que je suis sur ma course.

Voilà Soucieu en Jarrest, je me souviens m’être dit qu’il restait 25 kilomètres à faire en 3 heures pour gagner mon petit pari et que ça commençait à sentir bon. Au passage devant le ravito où je ne m’arrête pas, j’entends « Hé mais c’est Guilhen ! » je me retourne et j’aperçois toute l’équipe des relayeurs de l’association des Joggers de la Chouette. C’est l’association des coureurs avec qui je cours le dimanche matin à Fleurieux sur l’Arbresle, notre village. Tiens j’en profite pour faire un peu de pub : nous organisons une course nature de 14 km le 30 septembre 2012 à Fleurieux. Tous les détails sur http://www.ajc69.sitew.com.

Je fais de grands signes à toute l’équipe, ça fait rudement plaisir de les apercevoir ici. Je m’arrêterai bien mais je suis pris dans mon trip, je ne fais que passer dans la tente, trop de monde, trop chaud, pas faim, pas soif. J’ai mangé 2 barres de céréales depuis Sainte Catherine, ça va. Je ne cracherai certes pas sur un cassoulet maison mais faut pas exagérer.

Beaunant : SaintéLyon KM 57 / LyonSaintéLyon KM 127

Temps de course : 7h13. Classement : 1366ème.

Après Soucieu, la route redevient plus plane et je calme le jeu un petit peu. Encore près de 600 coureurs dépassés sur ce secteur, ma partie de pacman est endiablée et même si j’accuse un coup de moins bien à Chaponost, je suis bien décidé à continuer.

Chaponost donc, j’avoue que là, j’ai eu un petit coup de bambou qui m’a obligé à marcher à nouveau dans les montées pour économiser la bête. Je reste pourtant sur un bon rythme, dépassant des poignées de solos, et même des relais. C’est marrant, je repense à 2008 et au coup de bambou similaire au même endroit, et combien j’avais langui le ravito de Beaunant pour y boire un coup.

Cette fois-ci, je suis plus détendu, je sais que les moins de 9h sont dans la poche, et surtout je suis plutôt content de mon état après bientôt 127 km dans les jambes. Je suis en train de penser aux défis de 2012 et ça me donne une patate terrible niveau mental. L’air de rien je me rends compte que je fais le plein de confiance et que c’est plutôt une bonne nouvelle vu ce qui m’attend l’an prochain.

Je rejoins le ravito de Beaunant en prenant le temps de marcher un peu et de m’arrêter un petit moment pour me boire un grand verre de coca, le premier depuis la veille à Ste Catherine. Le reste du temps mon mélange traditionnel eau plate / St Yorre aura été une fois de plus suffisant.

Je repars du ravito de Beaunant en marchant, le temps de boire un second verre de coca que je vais garder dans la main toute la montée des aqueducs. Même en marchant je dépasse des coureurs dont les démarches trahissent l’état de fatigue. Je suis bien dans mes pompes (même si je ressens une petite ampoule sous le petit orteil gauche, un fait insolite pour moi qui suis d’habitude épargné par ce genre de choses). Le jour se lève, je sais que je vais boucler cette LyonSaintéLyon et qui plus est, même si c’est anecdotique, dans un temps pas dégueulasse.

Ste Foy les Lyon : il reste moins de 10 kilomètres, je me lance dans la descente vers la Saône avec enthousiasme. Les deux verres de coca ont produit leur effet : je ressens un nouveau coup de boost. Je surveille ma montre, et je me suggère un nouveau défi : finir en moins de 8h30. Descente au triple galop donc, là même où en 2008 je claudiquais la faute à une tendinite du fascia latta apparue à Soucieu… Aujourd’hui rien à signaler, les jambes restent silencieuses, pas de douleur, il faut en profiter.

L’avantage d’avoir fait l’aller en sens inverse la veille, c’est que je sais parfaitement où nous allons passer et ce qu’il reste à faire. L’air de rien, c’est un sacré avantage. Au passage du panneau « Arrivée 5 km » je décide de faire un kilomètre en footing puis de faire les 4 derniers plus rapides. Finalement ce sera 3 kilomètres de footing et 2 kilomètres à allure seuil. Je vais dépasser centaine de coureurs sur ces 5 derniers kilomètres. La confluence, la traversée du pont, les quais : le palais des sports se rapproche, je maintiens un bon rythme jusqu’à 100 m de l’arrivée où je relâche. Un oeil à ma montre me confirme que je vais finir en moins de 8h20. Les 100 derniers mètres je coupe le mp3 et je savoure.

Lyon, Palais des Sports : SaintéLyon KM68 / LyonSaintéLyon KM 138

Temps de course : 8h17. Classement : 1078ème.

Passage sur la ligne, je m’arrête de courir. Ça y est, c’est fini. C’est dingue, j’ai vécu un retour très spécial. C’est la première fois que je reste aussi longtemps dans une sorte de bulle, sans vraiment voir passer les heures. L’accumulation des kilomètres s’est faite de façon toute naturelle, c’était comme si tout était programmé.

Je retrouve d’autres coureurs de l’association de Fleurieux une fois passé la ligne. Nous échangeons quelques mots puis je file récupérer le tee shirt finisher.

Je vais ensuite chercher mon sac qui est à la consigne pour m’habiller. Je n’ai pas très envie de prendre une douche tout de suite, encore moins de manger. Tout ce qui m’importe c’est de rentrer à la maison retrouver madame et nos deux rejetons.

9h15 : comme après une grasse matinée, je retrouve la petite famille avec du pain frais acheté à la boulangerie. Nous pouvons prendre le petit-déjeuner ensemble, à ma surprise, car j’avais annoncé que je n’arriverais que pour midi.

Épilogue

Quelle aventure ! Arthur est très fort. Il a réussi à me faire revenir sur la Sainté Lyon, moi qui n’avais pas tellement aimé ma première expérience sur la course officielle en 2008. Force est de constater que la LyonSaintéLyon est une course complètement différente et qui correspond beaucoup plus à ce que j’aime. À l’aller, ce sont tous les ingrédients que l’on aime dans le OFF : des rencontres, du partage, des sourires, du fromage et du saucisson ! Et au retour un peu plus de kilomètres et une ambiance totalement différente. L’objectif n’est plus de faire un temps mais d’aller au bout. J’ai aimé ce retour, vraiment. Alors certes, il y a toujours un peu trop de monde à mon goût mais avec déjà 70 km dans les jambes lorsque la SaintéLyon démarre à minuit, on voit les choses différemment. On est beaucoup plus zen et patient, plus détendu et finalement, plus prêt à courir longtemps.

Il faut remercier chaleureusement tous ceux qui ont oeuvré à la réussite de cette formidable aventure et notamment la « Arthur Fabulous Family Band » qui a été aux petits soins avec nous pendant de longues heures. MERCI MERCI MERCI ! Merci bien sûr à Arthur sans qui tout ça n’aurait pas été possible : tu es un vrai chef ! Et bien entendu merci aux autres coureurs de la LyonSaintéLyon, cela a été un véritable plaisir de partager cette tranche de vie avec vous tous. J’espère vous revoir dans des circonstances similaires !

Hélas tous les inscrits à la LyonSaintéLyon n’auront pas pu rallier l’arrivée. Ce n’est que partie remise. Pour ma part, je n’ai rien de prévu le week-end du 1er décembre 2012 ! Qui vivra verra…

Guilhen Dubourdieu. 🙂
UltraPoésie de l’ultra et de la poésie.

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