Moi, je suis comme les poissons rouges, j’aime bien faire des tours.

Alors plutôt que de foncer bêtement d’un point A à un point B, si possible en écrabouillant 3000 autres coureurs au passage, je me suis pris au jeu, avec 18 autres animaux de mon espèce, à faire l’aller retour sur la célébrissime SainteLyon, en gardant en dessert l’épreuve officielle nocturne et en mettant à profit la journée de Samedi pour gagner Saint Etienne. Si vous voulez en savoir plus sur ces 140,5km de bonheur, il y en aura pour tout le monde.

Ces quelques lignes sont très naturellement dédiées à Abel & Arthur.

En général, je finis mes années sportives par une épreuve atypique : Origole, 24h ou autre joyeuseté.

2011 devait être différent avec un marathon collectif plébiscité par le Club Sportif SILCA, mon rôle tout trouvé étant d’accompagner sur cette distance mythique les pt’tits-jeunes-qui-en-veulent. On repassera puisqu’après deux mois de tergiversations et la pré-sélection du marathon de Lisbonne, ce beau petit monde jette finalement son dévolu sur la corrida d’Issy les Moulineaux. Un 10km hyper ambitieux et terriblement éprouvant, nécessitant des ressources mentales inouies puisqu’on court déguisés en Père Noël.

Comme cela fait déjà plusieurs années que je n’y crois plus, je repars en solo à la recherche d’une nouvelle insoliterie. La Saintelyon s’impose assez naturellement puisque je ne l’ai pas à mon tableau de chasse. Lisant UFO Magazine, j’y trouve le récit 2010 de quelques pôtes ayant tenté l’expérience de l’aller-retour. Pourquoi prendre le bus pour aller à Saint-Etienne alors qu’on a toute la journée du Samedi pour y aller à pieds ?
Alors en avant.

Comment aborder une telle épreuve, avec un off qui va nous mettre minables « avant de partir », un repos de moins de 3h et un retour avec dossard pour découvrir la course vue de l’arrière ? En vrac, tout simplement.

Peu de km depuis la TDS (490), complétés par du vélo que je prends de plus en plus souvent pour aller bosser (1330km), ça se tente.

Un grand merci à Abel et à ses femmes pour leur accueil le Vendredi soir.

RdV devant Gerland Samedi à 8h. Je trouve ma place dans un groupe représentatif des 4 coins de la France, de la Pyramide des âges et finalement assez féminin.

Les « anciens » nous font regretter de ne pas avoir connu cette course un an plus tôt dans le froid et la neige mais nous aurons le temps, tout le temps, pour souder ce nouveau groupe. Mais retenir 19 prénoms en 11h et les associer à autant de visages reste définitivement un exercice hors de ma portée. Rien que pour cela, il me faudra revenir.

En plus il y a pas mal de mauvaise volonté. Prenez les filles par exemple, sur 4, facile de mélanger des prénoms comme Line, Céline et Cécile. J’en ai déjà pour 3 heures à les remettre dans l’ordre. Trouvez-moi en plus une Aline, une Lucie et une Lucile pour l’an prochain et je deviendrai dingue. Chez les gars, Jean Michel est assez facile à reconnaître et en plus alors que tout le monde est frigorifié, il courra à moitié nu tout le temps, donc lui, c’est fait. Mince au fait, il y a deux Jean Michel. Et les autres ? Arthur qui organise tout cela ne s’appelle pas Arthur, Oslo c’est pas un prénom, il aurait pu choisir « Bob » vu son couvre chef et Biscotte non plus c’est pas gagné de mettre un nom dessus, mais je l’identifierai vite comme notre orienteur grâce à son inséparable GPS et ses 3kg de piles à moitié usagées de rechange. Pour les autres, on verra au retour s’ils m’attendent. On va y arriver, il faut juste de la méthode.

Petite photo de famille avant le départ avec la petite famille de Jean François (c’est Arthur pour ceux qui ne suivent pas) aux petits soins pour récupérer nos victuailles et affaires de rechange.

Comme des stars, nos dossards nous seront remis en mains presque propres à l’arrivée, ou au départ ça dépend comment on voit les choses.

Nous avons même droit à un Buff Collector pour immortaliser cet improbable aller-retour et forcément si plus vieux je recherche un doudou pour m’endormir, il y a des chances que je prenne celui là avant celui de l’UTMB.

A quoi bon ce off ? Déjà en longeant les quais du Rhône, on voit bien qu’au retour cette portion de plat sera vraiment interminable, mais nous au moins on le sait un jour avant les autres, et on sait qu’interminable ça peut être long.
On rigole bien devant le panneau « Arrivée 15km » que l’on traduit en « Arrivée 125km et 2900D+ ». Nous remonterons un à un ces panneaux et les stands des ravitos gagnant en effervescence avec l’heure « H » qui approche.

Le ciel bien que couvert n’est pas encore menaçant. On enlève les couches de vêtements et nous changeons donc tous de look. Ca pimente un peu le jeu du Je-mets-un-nom-sur-le pôte-à-coté.

On ne trouve la vraie campagne qu’après 15km.

Nous cheminons plus ou moins groupés jusqu’à Soucieu.

On y dévalise méthodiquement la boulangerie après un petit crochet, entorse au tracé homologué.

Quelques gouttes, nous voilà maintenant avec les GoreTex et hop, c’est reparti pour le jeu des prénoms.La pluie annoncée le soir a quelques heures d’avance et nous la prenons de face. Pas très sympa, mais elle ne sera jamais bien violente.Juste assez insidieuse pour justifier par moment le port des gants et nous refroidir en prenant son temps…

Arrivés à Sainte Catherine sous la bruine, nous squattons les tentes du « vrai ravito » auquel nous pourrons prétendre au retour. Il risque de nous sembler bien fade après le repas gargantuesque qui nous est proposé à l’heure du goûter et après un marathon.

Chacun devant amener une spécialité régionale, et même si Cécile s’est dégonflée et ne nous a amené ni pâté aux patates ni steak de Charolais, nous réussissons à mobiliser autant de tables que pour le ravito des 5000 coureurs du retour : soupe, jambon cru, saucisson, beaufort, comté, cancoillote, cake au pralin, stollen au massepain, pâtisseries orientales.

Au fait, Cécile maintenant je la reconnais sans problème : c’est incontestablement une fille et c’est aussi la seule à être blonde.

IF Sexe=F AND Cheveux=Blond AND Date=Today THEN c’est Cécile.

Trop fastoche.
Comme je connaissais déjà Stéphanie, restent Lise et Céline. Lise = chaussures roses. Elle a eu beau dire au départ que ses chaussures étaient trop voyantes, elles sont toujours aussi belles à ce moment de la sortie alors qu’il y avait pas mal d’opportunités de les salir. C’est une fille et c‘est tout. Malheureusement Lise devra nous quitter à ce moment, affaiblie par des petits soucis de santé.

Fin du ravitaillement et grand luxe avec la batterie de toilettes mobiles toutes propres et débordant de papier toilette et qui nous tendent leur lunette. Mieux vaut en profiter à l’aller car ça va être du grand art dans quelques heures. Avant de repartir, un tirage au sort nous est proposé, permettant de gagner une inscription pour un trail à venir. Pourquoi pas un 40km dans la banlieue de Lyon dès demain. Pourvu que le départ ne soit pas avant midi …

Direction Saint Christo via des sentiers en très bon état malgré la pluie qui s’immisce partout et m’impose de garder gore-tex, capuche et gants.

Saint Christo : Nous y arrivons après 8h de course. Les bénévoles ne veulent pas croire que nous allons repasser dans quelques heures mais nous accueillent bien volontiers et proposent même de faire chauffer de l’eau. Nous avons bien fait de déguster Cookies, Pims et clémentines puisqu’au retour les tables seront désespérément vides.

L’arrivée sur Saint Etienne nous permet de tester trois approches :
– Celle des multirécidivistes de la course qui veulent à tout prix prendre le même chemin que d’habitude alors qu’on va cette année au stade de foot du club du coin.

– Celle de Biscotte, accro au GPS, qui finit toujours par nous remettre sur le droit chemin avec parfois un temps de retard.

– Les autres qui prennent leur mal en patience et cherchent en pleine zone industrielle hyper bucolique, surtout de nuit, un panneau indiquant « Stade Geoffroy Guichard »

Alors forcément la synthèse des trois permet de faire un peu de rab et nous franchissons ensemble à 18 … la ligne de départ.

71,1km, 11h30 de balade dont 9h40 en mouvement, 1650mD+ et 1350D-, Voilà pour les chiffres.

Le quart d’heure de marche qui suit pour gagner le parc des expositions ne permet pas de répondre à la question « mais pourquoi ont-ils choisi de déplacer la ligne de départ cette année? ». Bien au chaud nos sacs nous attendent et nous permettent de nous faire beaux. Un coup de déo et ça fera bien l’affaire. Beurk.

Nous partons manger quelques pâtes dans l’antre des Kikous. Nous y parvenons un peu tardivement et sommes les seuls à dîner. Evidemment, nous n’aurons pas les fameuses 3h de digestion avant de repartir. A peine le café bu, les sacs déposés comme on peut dans des bus, nous sommes déjà de retour en ordre dispersé à Geoffroy Guichard dans un état d’esprit assez étrange. Le groupe aller a éclaté d’un coup dans la foule, pas possible d’improviser un départ commun, reste à se focaliser sur la nouvelle course. Sûr que nous n’allons pas partir trop vite, mais c’est assez difficile de considérer que la course ne fait que commencer au milieu de tous ces coureurs impatients. Bien décidés à rester dans notre bulle, nous nous isolons avec nos lecteurs mp3 (une première pour moi en course), mais mon casque me lâche avant que ne soit donné le départ, me ramenant trop vite sur terre.

Pan, c’est parti et l’agité du micro va pouvoir aller se reposer et nous reposer.

L’appréhension de reprendre la course après 2h30 d’arrêt disparait bien vite et tout va pour le mieux, très lentement cela va de soi.

Le premier ravitaillement du km16 permet de montrer aux bénévoles qu’on ne se foutait pas d’eux à l’aller, mais ils n’ont plus que leur sourire à offrir à cette heure tardive.

Le rythme diminue sur le chemin boueux n’offrant aucun rendement après le passage de plusieurs milliers de coureurs. Il est jonché de détritus en tous genres alors qu’il était évidemment vierge à l’aller. Jamais je n’ai vu autant de déchets et cela tranche nettement avec l’EcoTrail qui met particulièrement l’accent sur ce point. Il y donc des messages à passer à chaque fois. Désespérant.

A partir de Sainte Catherine commence l’alternance de chemins et de routes, si éprouvante pour les pieds. Un gros coup de mou me guette et la moyenne horaire descend dangereusement, tutoyant les 6,2km/h. Je dors tout simplement en trottinant et ça n’avance pas. J’enchaine 17km entre 5 et 6km/h dans un état comateux : le manque de sommeil des dernières semaines se fait cruellement sentir.

Au ravitaillement de Soucieu, je fais l’effort de boire un grand bol de thé et miraculeusement la machine redémarre, aidée aussi par le lever du jour. Je gagne spectaculairement 2km/h et fais le yoyo avec Bruno. Bien décidé à finir en courant, j’accélère gentiment en arrivant à Lyon pour rejoindre les bords du Rhône à la vitesse supersonique de 9km/h. La course vue de l’arrière offre une ambiance de retraite de Russie, les maux de pieds des uns rivalisent avec les courbatures, hypothermies, tendinites, vomitos des autres.

N’étant pas à un défi près, je me promets de faire le km140 à plus de 10 à l’heure. Ce sera le seul de ce type et je reconnais Gilles à 500m de la ligne, continue à accélérer pour boucler ce dernier km en 5’14, content de moi. J’attends quelques secondes Gilles et nous franchissons la ligne ensemble, en vainqueurs, nous marginalisant des autres coureurs mais bien incapables de l’exprimer sans risquer de passer pour des crâneurs. 10h58 de course, c’est tout bon. Gilles me demande mon prénom, comme quoi il n’est pas plus doué que moi au jeu du jour…
Nous jouons des coudes pour nous poser dans un coin, glanant les miettes qui restent d’un buffet d’après course assez décevant et arrachant un tee shirt Finisher trop petit. Une dernière accolade à Arthur (c’est facile de le reconnaître : c’est Jean François), sans doute plus parlante que les mille mercis auxquels lui et sa garde rapprochée familiale ont droit.

Ci-dessous Biscotte, Gilles, Moi 1er et Arthur. Ou Christophe, Gilles, Fred et Jean François, ça marche aussi.

L’après course ? Un petit rigolo me dit qu’il y a des douches au 2ème étage et je le maudis encore de cette erreur, la découverte des transports en commun lyonnais pour rejoindre Lyon Perrache : pas trivial dans mon état de fatigue, la peur de m’endormir dans la gare et de rater mon train, l’appel irrésistible d’une tarte aux poireaux quand je passe devant une sandwicherie (si maman : une tarte aux poireaux !). 2h de TGV suivis de 2h de RER (cherchez l’erreur) et me voilà de retour sur terre, mon tee shirt trop petit gagné homériquement offert à mes fistons et qu’ils me rendent dédaigneusement. Trop Naz le père. Mais content, si content…

Mille mercis aux amis Lyonnais qui ont eu le double mérite de nous concocter cette inoubliable balade … sans jamais nous parler de foot.

Frédéric Orsoni. 🙂
Joggin du dimanche matin – Bures sur Yvette.

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