l’ultra, c’est dans la tête

En début d’année, je me suis engagé à refaire la Lyonsaintélyon, c’était tellement magique en 2010 avec cette neige et ce soleil. Je devais etre dans les premiers inscrits à la course (retour). Motivé le fulgu, d’autant plus que son chrono record du retour a été explosé en 2011. La forme est ascendante depuis 2 ans et j’espère bien retrouver ma gloire !

Mais ça, c’était avant ! Avant la saison 2012… Rapide flashback :
Fin mai, j’essaye le triple flip vrillé au dessus de mon guidon de vélo et là, l’accident de geek : mon ordi portable me brise les cotes. Deux mois plus tard, je reprends les premiers pas de course à pied. Ce qui me laisse 4 semaines pour être au top pour la TDS. Bien sur, j’abandonne mon idée de performance, mais pas celle de franchir dans les « premiers » le premier col. L’euphorie m’emmènera sous la pluie jusqu’à mi parcours, mais la nuit arrivant et n’ayant plus ni vêtement sec, ni énergie, j’abandonne pour la première fois de ma vie. Ce n’était pas une météo à mettre un supporter dehors. Mon père et mon fils qui m’attendaient dans la voiture approuve cette sage décision. 1/3 des « cons courants » feront comme moi… mais une porte était ouverte.

En septembre, je m’aligne sur l’Alésia trail. L’année précédente, j’avais fini 12eme de la version 35 km. Alors, plein de morgue j’espère à nouveau performer sur le 45 de cette année. Mais je termine lamentablement, après une belle première place aux 400 m.
Du coup, je ne sais plus où j’en suis… le fulgu de la fin 2012 n’est pas le fulgu de début 2012 !
Je m’interroge vraiment sur ma participation à cet aller retour… en serais je capable ?
Et puis, l’idée germe dans ma tête : ce qui m’attire vraiment, c’est l’aller en off avec les copains, pas le retour dans la foule. Le coté ultra aussi, mais je n’ai rien à me prouver.
Alors, petit à petit, je me mets en tête que si j’abandonne au retour ce n’est pas grave… je peux même abandonner à saint Etienne avant le départ, j’aurai fait l’aller.

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C’est avec cet état d’esprit que j’arrive la veille pour squatter chez mon pote Tidgi. On refait le monde du trail autour d’une bonne bière et hop ! au lit. C’est que la journée de demain sera longue.
Petit matin, on déjeune et on saute dans la voiture pour Gerland où nous attendent toute une bande de gais lurons qui piétinent déjà sur place. L’impatience, le stress, mais surtout le froid.
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Alors, gentil organisateur, Arthur nous a trouvé un sponsor pour nous concocter un buff spécial LSL ! Il est beau.
Quelle surprise de voir Jean Michel venir nous encourager au départ. C’est sympa de sa part, même si on sent une certaine frustration. Mais, on en reparlera 😉
L’ami Biscotte ne peut prendre le départ ce matin à cause d’un de ses enfants souffrant. Il est là, mais nous rejoindra tout à l’heure… pas de chance pour lui, il rate une partie du meilleur.
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On fait les maintenant habituelles photos du départ devant Gerland… faut quand même être un peu givré pour courir 1 journée et demie pour revenir au même endroit… c’est pour cela qu’on le fait en hiver
Allez, ce ‘est pas tout ça, il s’agit de partir si on veut arriver.
Ligne de départ… et c’est parti, la troupe de 20 hurluberlus s’élance. Cette année, une seule fille… on est loin des quotas !

On trottine doucement mais joyeuse sur les quais, Arthur grand bavard taille la bavette avec des organisateurs… c’est que la LSL est presque devenue officielle ; en tout cas le sieur Arthur est connu et reconnu. On en profitera tous. Mais on en reparlera.
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Ce trajet sur les quais est long dans ce sens, déjà !
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Enfin, l’échauffement se termine et on attaque la première côte ; Je n’y suis passé qu’une fois dans ce sens, mais je me rappelle bien de tous ces endroits… mais pas de monotonie avec Sieur Arthur, il nous fait traverser des jardins au lieu de courir sur la route… petite visite ultra (rapide) de Sainte foix et du parc de la mairie.
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Première descente ; ce sera la dernière montée si tout va bien. Première pose pipi. J’ai choisi de partir avec mes XTWings gortex en prévision des sommets qu’on nous annonce encore enneigé. Mais pour l’instant, sur le bitume et au soleil, je chauffe. Je me déchausse un instant pour un état des lieux rapide… ça fume et je marque le bitume de mon emprunte de pied… Pas bon, pied mouillé = ampoule assurée. Tout le monde a disparu, il est largement temps que je me rechausse avant une descente exprès… Mais, je rattrape facilement tout le monde, puisque tout le monde attend… Arthur qui taille la bavette a un bus de stripteaseuse en stage de lap dance (mais shut ! il a dit a sa femme que c’était un bus de retraités)…
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On fini par traverser cette route et hop, deuxième montée raide, mais facile. Finalement, le rythme lent me convient et je ne fatigue pas… pour l’instant, le doute plane autour de moi, tel un vautour attendant ma première défaillance pour fondre sur moi. Mais on en reparlera.
Je me rappelle de ce carrefour, de ce petit passage terreux (enfin, ça, c’était avant les travaux de VRD, parce que là, c’est carrément gras), je me rappelle de cette maison avec son chien noir et blanc qui court vers nous, je me rappelle cette montée entre les murs marquée dangereuse à la descente.
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Un bûcheron canadien tente de nous abattre un arbre sur le nez, mais on est trop rapide pour lui.
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Je me rappelle ces chevaux et cette vue sur les collines de nos futur exploits.
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Je me rappelle cet étang, qui me fait penser au Canada… peut être parce que je n’y suis jamais allé ?
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La vue me plait, je laisse la troupe s’éloigner pour capturer une image panoramique. Mais après, il faut rattraper. Accélération ! Mais lente, il ne faut pas que je me fatigue… les vautours…
On s’affranchit de Chaponost façon Chronopost. Deux temps trois mouvements, la troupe court en rythme sur le bitume ensoleillé. Mine de rien, on est en train d’attaquer la loooongue montée vers le point culminant.
Je me souviens de ces espaces ouverts qui font oublier la banlieue. Ca y est, c’est la Nature. Je me rappelle cette descente boueuse… hé non, cette année, elle est pleine de ballast ferroviaire. Pas grave, je suis à l’aise sur ce sol, j’ai de l’entrainement et de la génétique. Je n’étais pas né que mon grand père en étalait déjà sur les voies, puis mon père, puis moi… Vous connaissez tous Darwin. Cela me permet d’être en bas le premier et de prendre tout le monde en photo.
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Puis nous arrivons au ruisseau et au fameux pont qui l’enjambe… je me souviens de ma première sainté et du brouillard qui l’enrobait, le masquant à nos frontales… J’ai la lumineuse idée de franchir le cours d’eau en équilibre sur les poutres glissantes de l’ancien passage. Exploit ! j’arrive saint et sauf de l’autre coté pour pouvoir faire de jolies photos des copains en train de franchir la pont… pas de peau, le soleil me gâche l’image espérée. Reste plus qu’à rejoindre le sentier. Mierdam ! C’était sans compter sur la crue qui a grossie le petit fossé… deux solutions, sauter au dessus du fossé, ou retenter le diable sur les poutres glissantes… Joueur et irresponsable, je choisi de sauter. Je prends mon élan et je m’envole… à mi chemin, encore en l’air, je regrette…. Heureusement que mon cerveau est plus intelligent que moi, il a permis a mes jambes de propulser mon corps sur la plage de l’autre coté du ruisseau.. a quelques centimètres prés, j’avais droit à un rafraîchissement gratuit… qui en aurai amusé plus d’un, j’en suis sûr…
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On remonte vers Soucieu en Jarret pour la pose boulangerie !
Une petite pause bien méritée, je refroidis les pneumatiques….
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C’est pas le tout, il faut repartir. On continue de monter. Cette année, une petite variante, nous descendrons le bois de la dame… que nous montons (pas la dame, le bois !). Elle est bien raide cette côte ! D’ailleurs, elle est indiquée dangereuse. Un peu plus loin et plus haut, les premières taches de neige. Mes pieds vont enfin pouvoir refroidir.
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Plus de 30 km a me demander si j’ai fait le bon choix de chaussures. Je sens que je vais enfin en profiter.
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Les flaques d’eau se solidifient à mesure qu’on se rapproche des sommets enneigés.
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Par endroit, le vent a soufflé si fort qu’il reste de la neige sur les troncs d’arbres… crépi naturel.
On arrive à St Genoux, les bénévoles sont en train de monter la tente du ravito, je passe sans même un regard…. Mais on en reparlera.
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Le mythique BOIS D’ARFEUILLE ! Enfin ! Cette année, pas de quad en train de faire la trace dans la neige profonde, seulement un peu de neige pour souligner le relief du sentier. La belle s’est maquillée pour accueillir les centaines de trailers nocturnes anxieux de s’user le fondement. Le haut de la côte est bien plus enneigé, le soleil rasant hivernal magnifie la carte postale.
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Je suis vraiment heureux d’être là… surtout que j’ai l’air de tenir le rythme. Pourvu que ça ne lâche pas d’un coup comme sur la TDS après Bourg St Maurice. On sort du bois et on essaye de voir le mont blanc… mais l’air est trop humide, la visibilité est réduite. Tant pis, la vue est quand même jolie.
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On monte encore… premiers congères. Mais pour l’instant, on a le choix entre route sèche et congères…. Cette année, je me restreins à être sage (si je veux durer) alors, pas de folie dans la neige…
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Un peu plus loin, c’est ambiance montagne. Le sentier qui descend sur Sainte Catherine est bordé d’arbre aux branches neigeuses. De vrais sapins de Noël, même si ce ne sont pas des sapins, même si on n’est pas à Noël et même si on ne sera probablement pas à la fête dans l’autre sens… mais on en reparlera. Pour l’instant, c’est l’extase du fulgu : sentier étroit, plein de neige et descente ! yahou !!
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On retrouve Biscotte venu au devant de nous pour nous expliquer le menu du ravito et nous mettre l’eau à la bouche.
Le ravito, enfin ! La petite famille d’Arthur s’est encore dévouée pour nous cette année. Transport des sacs et des ravitaillements. Chacun a préparé une « spécialité » et c’est une table trop fournie qui s’étale sur la table devant nous. Ca tombe bien, l’ami Jean Mi nous a rejoint …en VTT ! Encore plus allumé que nous, surtout qu’à partir de maintenant, la neige est profonde… sacré Jean Mi !
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Arthur, mondialement connu, a trouvé des sponsors, et rien que pour contredire mes propos au chapitre précédent : aujourd’hui, c’est Noël ! Tirage au sort de dossard offerts et en cadeau supplémentaire, une frontale led lenser !
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Le sort veut que je revienne dans les Mont d’Or pour « Caborniser » les Lyonnais en mars… je vais finir par prendre pension au « tidgi home sweet home »…. Je profite de l’énorme soufflerie chauffante pour assécher mes chaussures. Moi qui ne sue jamais des pieds, je suis incapable de supporter des goretex lorsque la température n’est pas franchement en dessous de 0. Les pieds sont secs, les sacs refaits, les jambes un peu aussi, la troupe s’élance à l’assaut de la montée finale, laissant le surplus d’opulence aux sympathiques bénévoles qui nous ont accueillis.
Et clac ! Tout de suite dans la neige profonde. Je me dégonfle de proposer de l’aide à Jean Mi qui nous suit en VTT… c’est trop simple avec un petit sac dans le dos ! Mais j’ai peur de ne pas être capable d’aller à Sainté si je fais des efforts inutiles. Pauvre Jean Mi !
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Après le Chatelard, le soleil rasant permet de faire de jolies photos. J’aurais aimé voir le soleil se coucher depuis le point culminant, mais je sens qu’on arrivera un poil trop tard.
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La nuit va tomber bientôt.
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La neige est plaquée sur les troncs, tout est blanc. L’ambiance est fantastique. Je m’attends à voir surgir une meute de loup…
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Les congères s’épaississent, des bénévoles tentent de faire une trace à la pelle à neige ! Ils doivent dépenser autant d’énergie que les coureurs…
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Un peu plus loin, on essaye de ruser en passant à travers champs et trouver l’itinéraire de détournement prévu. C’est pire ! Les congères du bas faisaient 40 cm, celles-ci font plus d’1,50m ! On avertira l’organisation que le passage du haut n’est pas la bonne option. En attendant, je rigole bien.
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On retrouve le chemin officiel qui hésite entre plusieurs états hydriques : neige, boue ou eau… à l’aller, on a le choix.
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Enfin le point culminant. A un quart d’heure prés, on a raté le couché de soleil. Dommage. J’essaye de capturer la magie des frontales sur fond de ciel rougeâtre. Une nouvelle fois, je regrette mon reflex et mon pied…
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Il ne reste plus qu’à descendre sur Saint Etienne. Je crois que c’est bon, j’ai tenu l’aller… en tout cas, je sais que je finirai la journée à pied. Ravito de St Christo en Jarrez : tout le monde s’arrête, petite pause grignotage avant le final. Petit discussion avec les sympathiques bénévoles.
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Et c’est reparti. Un petit bout de route, pas mal de chemin neigeux, que du bonheur. Dire que j’avais douté arriver jusque là. Mais restons calme, le chemin du retour est long. Mais laissons place à l’euphorie du fulgu : une descente de nuit dans la neige !
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On prend ensuite un chemin tout droit…on remonte….et on…est perdu !!!
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Bien Arthur ! 25 ans que tu fais l’aller retour et tu nous perds à une dizaine de km du départ, enfin de l’arrivée, qui est le départ… enfin vous avez compris le principe… Arthur n’est pas fiable ! Heureusement que Biscotte a un GPS… Dommage qu’il ne sache pas l’utiliser…
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En tout cas, on tourne en rond pour savoir où il fallait bifurquer pour prendre ce nouvel itinéraire (encore une petite variante 2012). Au retour, on verra mieux où il fallait passer. En attendant, on choisi un chemin qui nous ramène sur la route. Jean Mi en profite pour nous rattraper et discuter un peu avec nous. Il a bien galéré dans les congères à porter son vélo. Maintenant, il récupère dans la descente, mais il doit avoir froid… Au bout d’un moment, il prend de l’avance et nous attendra à l’entrée de Sainté. Nous on continue de descendre vers l’urbanisation stéphanoise. On a toujours l’impression d’être arrivé lorsqu’on est dans la plaine sur le bitume, mais le chemin est encore long avant les sièges du resto…surtout à notre allure. Mais nous arrivons finalement au départ. C’est l’euphorie. On se prend en photo dans le sas Elite. Tous biens groupés.
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Avant le Flore, cette année, il faut faire le crochet dans la salle pour aller voir notre sponsor buff et faire une photo de groupe. C’est cool, on passe pour des héros… s’ils savaient… On va (enfin) au Flore voir s’il reste à manger. Comme d’habitude, c’est plein de kikous. On salue, on congratule, mais surtout, on mange assis ! cela fait 13h qu’on a quitté Gerland (10h15 de déplacement).
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Le repas se fait tranquillement, loin du stress des participants à la Sainté sèche…. Je n’ai pas de stress, j’ai fait l’aller, contrat rempli. Si j’abandonne au retour ce n’est pas grave. J’en parle à Jean Mi qui me dit ne pas avoir beaucoup d’entrainement et avoir laisser des plumes avec le VTT. « Si c’est pour arriver à midi à Lyon, j’arrête ». Je partage son avis… mais on en reparlera.
En attendant, place au repos. Je vais faire la sieste sur la moquette. Bouchon dans les oreilles, je n’entends pas Arthur me poser mon dossard à coté de la tête, ni tout le monde partir. J’émerge à 23h35 pour un départ à minuit. Je me prépare vite fait, boucle mon sac et me dirige vers les camions qu’on m’annonce fermé à 23h30… gloups ! Je ne me vois vraiment pas faire le retour avec un sac de sport en bandoulière… a quelle heure est le premier train ? Bon, Ogo me propose de covoiturer mon sac à Gerland au cas où…
Ouf ! Nous sommes plein de retardataires mais, je mets mon sac dans les derniers.
J’essaye de me frayer un passage vers mon sas de 7h30… 7h30 ! Mais ils sont fous ! J’ai 75 km dans les pattes moi ! Je retrouve les amis en chemin et de toute façon, c’est le cirque, impossible d’aller ou on veut. On partira de là.
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PAN !
C’est parti. J’essaye de dérouler, mais j’ai les jambes raides, alors je continue le petit train de l’aller.
A peine 5 minutes de passer qu’une nouvelle fois, je regrette d’avoir été frileux. Je m’arrête sur le cote, j’enlève une couche, la range dans le sac…et perd (a vue de nez) 2000 places.
C’est impressionnant d’être spectateur ! Toute cette masse de trailers sur la route !
La route s’élève, le chemin m’a paru moins long qu’à l’aller. Mais comme la pente augmente, les palpitations aussi. Je marche et reperds 2000 places… décidément, je ne tiens pas la forme. Tiendrai je jusqu’au bout ?
J’essaye de prendre une photo, mais il fait trop sombre. Je le range définitivement pour la nuit.
Beaucoup de glace cette année, je préférais la neige de 2010. A l’aller, on pouvait choisir sa trace, mais là, dans la foule, ça craint. On doit souvent se décider entre piétiner, prendre le risque de faire un soleil sur la glace ou aller patauger dans la neige profonde. En d’autres temps, je serais allé dans la neige, mais cette nuit : modération ! Alors, je piétine, je piétine, et quelques fois, j’attends mon tour.
Ah ! le chemin qu’on a raté ! ça y est, j’ai compris pourquoi on ne l’a pas vu, il fallait bifurquer juste avant la fin d’une descente… On s’est posé la question 30 mètres plus loin, derrière ce bosquet…
Et ça monte dans la neige… je prends mon train de sénateur. Je me laisse quelques fois aller dans les descentes, mais je m’interdis de prendre un risque ! Et pas moyen de revoir un allumé de l’aller pour discuter. Ils doivent tous être devant…
A chaque congère, son petit sillon de franchissement, son petit bouchon et ses minutes d’attente. Que n’ai-je la forme pour les franchir gaillardement ! Mais MODERATION !
Après les congères, la glace, vive et brillante dans la lumière des frontales m’incite à rester prudent (je crains pour mes côtelettes, allez savoir pourquoi).
Même la neige damée devient glissante, le mélange boue-neige gèle.
Je retraverse le ravito de St Christo rapidement pour ne pas m’apitoyer sur mon sort et me satisfaire d’une chaleur bienfaitrice.
Les montées se font tranquillement, les descentes aussi, reste les plats où sa bouchonne. Je n’avance pas vite, mais je suis déjà content de tenir… jusqu’où ?
On prend un chemin qui s’est transformé en flaque de boue… sauf que normalement, une flaque, c’est plat…mais pas là. J’essaye de rester au sec en sautant d’un caillou sur l’autre…pas très joueur le fulgu cette nuit, mais je n’ai pas envie d’avoir les pieds mouillés, je dois déjà avoir 100 bornes dans les jambes… mais quand même, je me suis connu plus téméraire…
Finalement, je vais courir dans les champs à coté… pour revenir quelques dizaine de mètres plus bas et être obligé de taper des pieds dans la boue. Mauvais choix finalement ! j’ai encore perdu des places. Je me retourne et la guirlande de frontales me rassure un peu, il reste du monde derrière.
Ravito de Ste Catherine. Contrairement à l’aller, je ne traine pas, trop de monde. Je chope un truc à manger et je file.
On remonte le chemin « de Noel » qui a vu le fulgu plein d’extase à l’aller. Il est méconnaissable : plus un brin de neige sur les branches, mais surtout, le sol est un torrent de boue. J’essaye encore de préserver un peu de sécheresse de mes pieds.
Ça n’avance pas, mais je me laisse porter par la torpeur générale. On arrive dans une descente tellement scabreuse que tout le monde s’agrippe aux troncs, aux branches, à quoique ce soit qui soit fixe. Tout est glissant. Le dessus des pierres est recouvert d’une fine couche de glace. Je ne fais pas le malin et comme tout le monde, je joue à Tarzan d’arbre en arbre. Arrivé en bas, je découvre que c’était le bois d’Arfeuille ! Que je n’avais pas reconnu. Bientôt le ravito de St Genou, mi parcours.
On sort du bois. Les lumières de Lyon arrivent jusqu’à nous et laisse croire à un lever du jour. Je ne suis pas le seul à avoir cette impression puisque les gens s’interrogent autour d e moi.
Je regard l’heure : il est déjà 6 h ! 6heures et on n’est qu’à mi chemin.
J’en ai marre, je suis levé depuis 24 heures, et s’il me faut encore 5 heures pour aller à Gerland, j’arriverai à 11 heures. Sans intérêt, je n’ai rien à prouver, j’ai sommeil, je veux dormir… allez ! J’arrête, je prends le bus !
Arrivée au ravito, trop de monde, la flemme de me battre, je sors ! Et je tombe sur Tidgi. Quoi ? Il n’est que là ? Je l’interpelle et lui confie mon souhait d’arrêter, espérant surement qu’il me pousse à le suivre. Mais le pauvre Tidgi doit être dans le même état que moi. Difficile de raisonner et il me répond. « AH ? » « je continue, viens»
L’argument est trop faible pour me faire changer d’avis. Et puis si c’est pour arriver aussi tard, quel intérêt, je vais faire comme Jean Mi… mais on en reparlera.
Et là, au lieu de me reposer, de m’hydrater et de prendre du sucre pour alimenter le cerveau, je reste bloqué sur mon arrêt. Je patiente dans une tente d’attente et tentant d’avoir une place dans le prochain bus…qu’il faut aller chercher un kilomètre plus bas.
Dans le bus, je discute… donc, je ne dors pas, moi qui voulais tant dormir, je n’ai plus sommeil.
Même à Gerland, je lutte pour m’endormir : je n’ai quand même pas abandonné pour ne pas dormir !
Et je vois les copains arriver les uns après les autres. Même Jean Mi !
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Ça y est je regrette déjà ! Que n’ai-je réfléchi un peu : la neige était finie, que du goudron ou presque ; que de la descente ou presque… je pouvais assurer un 8 km/h… cela me faisait arriver à 10h00. Mais surtout, ça me faisait arriver et terminer un ultra cette année. Décidément : 2012 année de la loose. (vivement 2013, le fulgu sera balèze)
Surtout que le mardi, je reprends l’entrainement comme si de rien n’était, pas une crampe dans la course, pas une courbature deux jours plus tard…
Ce que je retiens de cet événement c’est que l’ultra, c’est dans la tête que cela se joue plus que dans les jambes. Je m’étais trop programmé à abandonner, qu’il a presque fallu le faire.
Il ne faut jamais prendre une décision définitive dans l’action : prendre le temps de se poser, de se reposer, d’alimenter le cerveau pour prendre les bonnes décisions. J’aurais peut être perdu ¼ d’heure, mais j’aurais gagné un tee shirt finisher.
Pour retrouver la motivation, mon père a su trouver les justes mots qui m’ont piqué : « si tu as abandonné, c’est que tu as eu raison… mais n’en prends pas l’habitude ! »

Promis-juré, on ne m’y reprendra plus. Reste à se venger en 2013 sur la prochaine LSL.

Fulgurex. 🙂
L’extase du Fulgu.

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