En préambule de ce récit, je tenais à remercier :

  • Jean-François, Marie-Hélène, Céline et Gérard
  • mes compagnons d’aventure, avec qui j’ai eu le plaisir et le bonheur de partager cette 180,
  • les gars du LUR : Thierry, Anthony, Christophe, Nicolas et les autres…
  • les partenaires de la 180, plus particulièrement : Terre de Running, Led Lenser, Extrasport et les Trailers Verbier Saint-Bernard,
  • et ma femme qui supporte le fait que je sois tout le temps barré pour aller courir:-)

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Des cris, l’ovation du public, des rires, des larmes. Cette ligne d’arrivée, je l’ai imaginée des centaines de fois depuis ces derniers mois, je l’ai fantasmée à chacune de mes sorties d’entraînement. Mais je ne l’avais jamais pensée si belle, si forte. Avec 3 de mes compagnons de fortune, main dans la main, et Martin serré contre moi dans l’immensité du palais des sports de Gerland. La chaleur dans la salle qui contraste avec le froid de dehors amène de la buée sur mes lunettes. Mon regard se brouille. Enfin, pas seulement à cause de la buée… Ça y est c’est fini, ou plutôt tout commence ici…

22 juin à 16h17, la sonnerie du mail retentit et une profonde euphorie s’empare de moi. Dans la seconde qui suit, l’angoisse et l’impression que mon caleçon se rétrécit d’un coup. Je suis retenu pour faire partie de la joyeuse bande de fêlés qui prendra double ration de mythe. La LyonSaintéLyon, où plutôt maintenant la 180: un aller-retour Lyon-Saint Etienne par les monts du Lyonnais, sur le parcours de la SaintéLyon. 150kms et 4000m de dénivelé positif. Autant dire une folie pour moi qui n’est jamais allé plus loin que la SaintéLyon en solo. Plus du double à faire… et 5 gros mois pour se préparer et être digne de cette confiance…

Dimanche 1er décembre, je fais ma dernière sortie avant le jour J. Ma préparation s’est bien déroulée, à part un gros trou d’air début octobre avec 3 semaines de grosse bronchite. Le seul point noir est de n’avoir pas réussi à trouver une course préparatoire appropriée dans le dernier cycle d’entraînement. Je n’ai fait que la Nuit des Cabornes (50 bornes) début septembre, et le marathon de Lyon début octobre. Sinon, je me suis tenu à un véritable plan d’entraînement avec fractionné, et tout et tout. C’est dire à quel point je flippe! La semaine qui précède le départ est interminable et courte à la fois. Faire et défaire les sacs, vérifier que tout y est, se forcer à aller se coucher tôt pour emmagasiner le plus de sommeil possible, ne pas boire trop de bières…

Samedi 7 décembre à 4h. On y est. Le réveil n’a pas besoin de sonner, je suis déjà réveillé. Pas bien dormi, même si je suis allé au pieu à 8h30. Dernier check-up, petit déjeuner et j’enfile la tenue de combat. Mon père a la gentillesse de m’amener à Gerland. Je le sens dubitatif sur ma démarche, mais à la différence de ma mère il s’abstient de me dire toutes les 5 minutes de rester à la maison et de ne pas m’embarquer là-dedans:-) On arrive à 6 heures pétantes. Quasiment tout le monde est déjà arrivé. Madame Arthur Baldur, Arthur’s dad et sa sœurette sont aussi là pour assurer la logistique de l’aller (sacs de change, ravitos…). Quel dévouement de leur part… Merci à eux! L’équipe de Tout le Sport est également présente pour tourner un reportage sur notre aventure. C’est l’excellent Pierre-Etienne Léonard, le commentateur fou de Roland-Garros, PEL pour les intimes, qui va nous suivre. OH ATTENTION Y’A BATMAN!!!!

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La joyeuse bande de félés! (Source: 180.com)

A 6h30, on s’élance après la traditionnelle photo de groupe. Combien seront là demain sur les 22 qui partent? Et serai-je de ceux là?? Je n’en mène pas large… Mais maintenant plus de place au doute, c’est parti, y’a plus de question à se poser mon Nico. Tu fais ton petit tour à Sainté et tu reviens là, c’est pas compliqué! Et avec le sourire, s’il te plaît! On traverse donc Gerland de nuit, ce qui n’est pas habituel pour moi sur la SaintéLyon, et encore moins dans ce sens là! La traversée du Pont Pasteur et la première montée sur La Mulière se font dans une ambiance Tour de France avec 3 voitures suiveuses qui nous filment et nous prennent en photo. Le plus barge étant bien-sûr Nico du Lyon Ultra Run avec Led Zep à donf’ dans la bagnole! Et dire qu’il aurait pu rester dormir au chaud pour préparer tranquillement sa SaintéLyon… D’autres automobilistes nous klaxonnent et nous encouragent. Sympa. Sur les hauteurs de Sainte-Foy on peut deviner la chaîne des Alpes et le majestueux Mont Blanc qui se dessinent avec l’aurore. Vue fantastique, et qui sera un des fils rouge de cet aller. Putain, que c’est beau!! Passé Beaunant, on attaque une des parties les pus barbantes du retour, à savoir le tronçon Chaponost-Soucieu. Mais là, ça passe bien avec la fraîcheur du corps et de l’esprit. Et ça papote dur :-). Le soleil s’est maintenant levé et on peut profiter de la vue sur les Monts du Lyonnais enneigés. Dans quelques heures on sera là-bas…

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Le Rhône s’étire paisiblement (Source: MamantPat)

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Le Mont Blanc (source: Zézé69)

Taldius nous joue les maîtres du temps et donne le tempo. Et il nous fait ça de manière parfaite car on arrive à Soucieu à l’heure pile-poil. Connaissant le gourmand, on se doutait bien qu’il ne nous mettrait pas en retard pour le premier arrêt bouffe! Et encore, s’il y avait eu un bar à visiter, c’est à la seconde près qu’il nous aurait amené là-bas 🙂 Car le principal intérêt de Soucieu, c’est sa boulangerie, avec ses flancs et ses tartes à la praline. Comme l’année dernière il y a avait eu rupture de stock, Tidgi, que l’on sent bien traditionaliste au sujet de la part de flan Jarrezien, emmène un sprint pour mettre toutes les chances de son côté. Moi, je me garde bien d’accélérer pour ne pas griller la moindre de mes forces. J’ai bien faim et je mangerai ce qu’il restera.

Une pizza et un monster flan plus tard (y’avait pas besoin de sprinter, hé, hé!) c’est l’heure de repartir. On s’est arrêté ½ heure et un petit vent froid se fait sentir. On se cale sur le côté ensoleillé de la rue pour reprendre les premières foulées et se réchauffer. On sort de Soucieu et on commence à attaquer les chemins au milieu de champs d’arbres fruitiers. Un peu avant Saint-Genou, Ludo est malade avec de la fièvre. Par chance Théo – le fils de Franck – également caméraman de Wanarun, doit faire quelques plans à Saint-Genou. Il pourra le récupérer dans la voiture. Ça jette quand même un froid, l’objectif 100% finishers est en train de s’envoler. Et surtout on a de la peine pour lui…. Passé ce moment délicat, on reprend notre chemin. On monte à Saint-André-la-Côte par le Bois de la Marche.

A l’entrée du village on s’arrête pour admirer le panorama exceptionnel. La météo est parfaite et nous permet de profiter de la vue sur les Alpes. Le Mont Blanc est magnifique. Ce qu’on ressent est difficilement explicable. Pour faire simple, on est bien, simplement bien. On est juste une bande de potes sur la même longueur d’onde, et nous profitons d’un instant de bonheur rare. J’ai rarement été aussi en paix, aussi serein. Même si je ne vais pas au bout de l’aventure, on m’aura déjà offert ce cadeau.

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Encore le Mont Blanc! (source Zézé69)

On laisse à regret Saint-André pour aller attaquer le Bois d’Arfeuille. Là aussi quadruple ration cette année (2 montées et 2 descentes), on est gâtés. Avec MamanPat on le pensera moins dans quelques heures, au retour… Puis on crapahute doucement mais sûrement vers Sainte-Catherine. De toute façon, pas besoin d’aller trop vite car nos valeureux bénévoles ont été bloqués sur la route. On arrive donc à Sainte-Cathoche avec une pointe d’appréhension, sans savoir si le comité d’accueil sera là. Ouf, toute la Arthur Baldur team est là, et a fait un super boulot avec le traditionnel ravito rabelaisien!
Il y a tout ce qu’un bâffreur peut espérer: de la charcutaille, des fromages, des tartes, des gâteaux, du pinard, du champagne, etc…. Encore merci à eux pour tout ce dévouement. En plus de s’en mettre plein la panse, v’la t’y pas que c’est Noël avant l’heure avec des cadeaux qui pleuvent: une super frontale Led Senser SEO 5 et un dossard pour le tout nouveau Lyon Urban Trail by night! Merci à Led Lenser et à Extrasport pour ces super cadeaux, sans oublier Terre de Running!
On reste bien une bonne heure au chaud sous la tente officielle, gracieusement mise à disposition par l’organisation de la SaintéLyon. Avant de repartir on se fait quand même le petit plaisir de profiter des toilettes de la course, encore vierges à cette heure:-)

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L’ultra, c’est diététique!

On repart donc gavés comme des oies. Il nous reste 30 bornes, et pas les plus faciles vu la neige et la glace qu’il y a entre Sainte-Catherine et Saint-Christo. Les jambes vont toujours bien et j’avance toujours aussi sereinement.

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C’est pas beau? (Source Mamanpat)

Je suis dans mes rêveries quand… WTF, pourquoi tout d’un coup j’ai les fesses humides????? Je tâte le bas de mon sac… nooooooon c’est trempé, ma poche à eau est en train de couler comme vache qui pisse!!:-(. Je m’arrête en catastrophe pour stopper l’hémorragie et récupérer dans ma flasque l’eau qui me reste. C’est water l’eau morne plaine, ha, ha… Heureusement que mes changes étaient emballés dans des sacs congélation et que la veste gore-tex m’a protégé le dos! Par contre j’ai le derrière inondé… Bon ben on fera avec… J’attaque le passage au Moreau un peu renfrogné. En plus, la nuit arrive, le vent souffle sur les crêtes et on galère un peu pour trouver le bon chemin. Car suite aux chutes abondantes de neige, l’itinéraire a été dévié… et on n’a que l’ancienne trace. Quelques compagnons commencent à être dans le dur et le groupe s’est bien distendu. C’est pas le moment d’en paumer un…

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Après le Moreau (Source Zézé69)

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Coucher de soleil sur la 180 (source Mamanpat)

On progresse donc lentement en veillant à ce que tout le monde soit bien là. Il fait nuit noire quand on arrive péniblement à Saint-Christo. Il est déjà 18h passées. On ne traîne pas au ravito. Tout le monde commence à en avoir un peu marre et on risque d’arriver encore tard à Sainté cette année….

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La nuit tombe… (source Aldo)

On chemine vers Sorbiers. J’ai mis les chaînes car la portion est complètement verglacée. On commence à voir les lumières de Saint-Etienne en contrebas. Un feu d’artifice ajoute à la beauté du paysage. Ça paraît si proche et si loin à la fois… On quitte le dernier chemin pour attaquer la descente finale et les 8 kms de bitume. L’arrivée à Saint-Etienne par la zone industrielle est interminable. J’ai l’impression qu’on ne va jamais arriver. La circulation est encore dense et renforce le côté désagréable de notre avancée en bordure de la 4 voies. Les jambes vont bien, je n’ai aucune douleur. Mais une grande lassitude m’envahit. J’en ai marre et je m’épouvante à refaire cette portion dans moins de 4 heures. Pour me sortir de mes idées noires, je tape la discut’ avec Julien, alias Turtlerunforfun. Manque de bol, il est à peu près dans le même état d’esprit…. Enfin, au bout d’une grande ligne droite on aperçoit l’arche d’arrivée…enfin de départ quoi..! On attend que tout le monde revienne de derrière pour passer la ligne ensemble. Voilà, la moitié est faite. Dois-je en sourire ou en pleurer? Je me précipite sur mon téléphone pour appeler Delphine qui doit commencer à s’impatienter à propos de notre arrivée. Elle sent bien que le moral n’est pas au beau fixe alors elle me réconforte comme elle peut. Puis c’est au tour de mon Martin de me redonner des forces. A cet instant ils me manquent terriblement…

Je raccroche car nous entrons au Flore. Là-bas, 200 kikourous nous attendent pour nous réserver une belle ovation! Au milieu de ces applaudissements je retrouve mes 2 potes Benoît et Eric (qui vont faire le 75 kms), et leurs familles. Même si je suis fatigué, je suis à nouveau remonté comme une pendule!
Il nous reste 3 heures pour se refaire la cerise, manger, se changer et (un peu) se reposer. Agnès, Carine, Benoît et Eric sont aux petits soins avec moi. Même si c’est un peu gênant de se faire servir comme un prince, ça me facilite grandement la vie et j’en profite un maximum:-) A 23h, femmes et enfants nous quittent pour rentrer sur Lyon (en voiture, les feignasses). J’essaie de m’allonger pour dormir un peu mais je n’y arrive pas. Tant pis, je me détends le mieux que je peux et je profite de la compagnie de mes 2 copains. Comme à son habitude Benoît fait le mariole. Eric a oublié les semelles de ses pompes, il va nous faire une SaintéLyon version minimaliste 🙂 A 23h30, on se dirige vers la ligne de départ et on se met dans le premier sas qu’on trouve. Mon GPS ne veut pas s’allumer, ça m’embête un peu car je n’aurai pas d’indication pour gérer les éventuelles barrières horaires.

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Entre mes 2 potes!

5 minutes avant le départ, puis 4, 3, 2, 1. Pan c’est (re)parti! J’insiste pour qu’Eric et Benoît partent devant. Je leur souhaite une bonne course en espérant qu’on arrivera tous les 3 à bon port. Je ne veux surtout pas essayer de les suivre et risquer de me cramer. Pourtant, les jambes vont incroyablement bien. Mais à partir de cet instant, je bascule vers l’inconnu total… J’ai décidé de repartir hyper-prudemment et de quasiment marcher pendant toute la partie bitumée jusque Sorbiers. Le troupeau me dépasse et je me retrouve avec les randonneurs. Je tape la discut’ avec un type fort sympathique qui me rassure en me disant qu’il n’a jamais été hors-délai à l’allure où nous progressons. On carbure à un 6,4km/h de moyenne dans la montée et je me sens super bien! Le premier chemin arrive, je chausse les chaînes, je fais une bise à mon collègue éphémère et zou, j’embraye! Je vis alors un pur moment de béatitude. Je suis quasiment seul sur le tracé, détendu car personne ne risque de me bousculer ou de m’entraîner dans sa chute. Je double Coco et Gaby à qui je souhaite un bon retour. La voûte céleste est magnifique, le calme absolu. Même si je sais qu’il me faudra encore plus de 10 heures avant de finir, je n’ai aucune envie que ça se termine et je profite de chaque instant jusqu’à Saint-Christo.
Dans la descente avant le ravito, je commence à doubler pas mal de monde, j’ai dû rattraper la queue du peloton. J’arrive sous la tente et je tombe sur l’ami Arthur qui a la gentillesse de partager son thé chaud avec moi. J’ai oublié mon gobelet dans mon sac de l’aller, quel idiot… Je me dis que ça serait chouette qu’on arrive ensemble à Lyon! Je vais essayer de me caler sur son allure…

500m après être repartis on croise Julien qui est en sens inverse. Merde, il vomit ses tripes et son chemin s’arrête ici. J’ai de la peine pour lui, c’est un gars bien. En plus, si j’ai osé tenter cette aventure, c’est un peu grâce à lui. Car l’an dernier il avait terminé en n’ayant jamais fait plus qu’un marathon! Moi qui n’avait jusque là que la SaintéLyon comme distance limite, Julien avait été un motif de confiance.
On continue donc avec Arthur. Je me cale dans sa foulée. Pour lui ça a l’air si simple, on croirait qu’il nous fait sa petite balade dominicale en famille. Bon, pour le coup, on est effectivement dimanche 🙂 Comme il est plus à l’aise que moi dans les descentes, et qu’il y a maintenant pas mal de monde, on se perd parfois. Mais on arrive toujours à se retrouver. Dans la descente après Moreau, alors qu’Arthur virevolte 20 m devant, un gars a l’air en misère pour changer les piles de sa frontale (ben oui, il fait noir!). Je m’arrête pour lui donner un peu de mes lux. C’est Nico du LUR, qui nous mettait du Led Zep bien fort hier matin! Il m’apprend qu’il s’est fait tacler par un coureur lorsque ce dernier a chuté. C’est pas la forme: il a la cheville en vrac et a froid car il ne peut pas aller vite. Il va s’arrêter à Sainte-Catherine. Ben décidément je porte la poisse, c’est pas possible:-(. Je reste avec lui jusque Sainte-Cathoche, ça nous permet de tailler une bonne bavette. Au ravito, je retrouve mon Arthur et on repart ensemble. C’est néanmoins sans lui que j’arrive dans le bois d’Arfeuille, il doit être un peu devant. Juste avant d’attaquer la portion. Boum, une plaque de verglas et me voilà par terre, pour la 3ème fois de la soirée… Je ne suis pas le seul vu le nombre de coureurs arrêtés sur le bas côté. Pas de bobos, ouf. Je repars, et je vois un petit lutin plié en 2, appuyé contre un poteau. Je m’approche. Merde, c’est MamanPat. En pleurs. Elle est tombée et c’est encore le coccyx qui a pris. Le coccyx de Mamanpat c’est un peu une légende dans le petit monde de l’ultra lyonnais 🙂 Bon là, c’est pas le moment de rigoler… Je la réconforte comme je peux. A ce moment Franck arrive. Chouette 3, de la 180, on commence à faire un petit groupe! On repart et on se dit qu’on va la finir ensemble cette put… de course! La partie descente est rapidement avalée. Vient le virage en épingle et on attaque la remontée. Je l’ai faite une fois en reco, et elle ne m’avait pas paru si terrible que ça. Oui mais ça, c’était avant d’avoir plus de 100 bornes dans les pattes!! C’est long, c’est raide, j’ai l’impression qu’on ne va jamais le quitter ce bois…

Enfin la route! On trace à Saint-André la Côte. Arrivés là-bas je décide de re-chaîner car il y a un passage délicat et j’en ai marre de prendre des gamelles. Franck aussi. On profite de la manip’ pour profiter du panorama sur le Mont-Blanc en ce début d’aurore. Des coureurs passent le nez dans le guidon, enfin plutôt dans leur frontale. Je leur crie d’arrêter, qu’ils profitent de Ça!

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L’aurore sur les Alpes vue de Saint-André (source MamanPat)

On reprend notre chemin. Pat n’a pas ressorti ses chaînes car elle les a rangées au fond du sac. Pas grave, elle s’accrochera à moi si ça part en live. Ce qui ne manque pas d’arriver 🙂 On avance donc tous les deux bras-dessus bras-dessous, dans ce qui ressemble à une étrange procession! Enfin, on dirait plutôt la marche d’une horde de morts-vivants…. Juste avant Saint-Genou (à Saint-Genou, t’as mal au genou! comme on dit dans la langue du SaintéLyonnais), on reprend Arthur. Cool on est 4, on va pouvoir se faire une belote! On passe quasiment sans s’arrêter au ravito et on continue direction Soucieu. On ensuite reprend Bernard! On peut même faire un tarot maintenant! On avance d’un bon pas. Je commence à avoir mal sur le dessus du pied droit car j’ai dû serrer trop fort ma lanière de chaînes. Et je les ai gardées un sacré paquet de bornes… Comme j’ai moins mal en courant et que côté jambes ça va, j’essaie d’embrayer. Mais ça tire la langue derrière. Pas question de lâcher mes camarades. Je commence à faire une fixette sur mon pied et comme les kilomètres ne défilent pas vite, une certaine lassitude s’installe. Je commence à penser à l’arrivée. Grave erreur, car cela me fait perdre patience. Je décide de me re-concentrer sur Soucieu et le ravito. Entre-temps, Bernard m’a doublé comme une bombe. Apparemment il aurait fait quelques propositions indécentes à MamanPat. Selon mes sources cette dernière n’a pas donné suite et ça l’a énervé mon Zeze69 :-).

Le soleil est maintenant caché par un sale nuage et je commence à avoir froid. Je vais donc mettre à profit le confort du gymnase pour me changer et me baigner les petons dans la nok. A l’approche de Soucieu je pique un sprint pour avoir de l’avance sur mes potes, et donc éviter de les faire attendre pendant mon petit brin de toilette, CQFD.
Dans le gymnase, c’est la bérézina. Oh, c’te bal des éclopés!! Entre les mecs livides, ceux qui boitent, et ceux qui dégueulent… Fait pas bon rester là, sinon on y perd son moral! On repart donc sans trop traîner. La nok n’a pas fait de miracle, j’ai toujours mal au pied…. On a aussi perdu Bernard. J’apprendrai plus tard que suite au râteau qu’il s’est pris avec MamanPat, il a ré-orienté sa stratégie sur les charmantes podologues de Soucieu:-) Si Madame Zeze69 lit ces lignes: c’est pour de rire, bien-sûr!
La traversée de Chaponost est comme d’habitude insupportable. On a l’impression que ce bled fait 20 kms de long. Avant d’arriver au bien-nommé parc du Boulard (l’expression «péter un boulard» viendrait d’ailleurs de coureurs de la SaintéLyon ayant sombré dans la folie dans ce parc), on reprend William. Une des chouettes connaissances que j’aurai pu faire sur cette 180. Il pioche pas mal et renonce à suivre notre rythme. C’est sage de sa part. Seul moment sympa, j’ai la surprise de voir Damien au bord de la route venu spécialement m’encourager! Bon, il habite juste à côté:-) Mais c’est super sympa de sa part! Quelques kilomètres plus loin, alors qu’on va bientôt arriver sur Beaunant, c’est Lise que j’aperçois! Elle aura suivi toute la course sur internet et elle a fait le déplacement de Saint-Priest! Ça me fait vraiment chaud au cœur. Je m’arrête pour discuter un peu avec elle. Les copains ont la gentillesse de m’attendre. Entre temps, j’ai eu un sms de Benoît. Il a fini sa SaintéLyon et va venir me voir à Beaunant. Je suis content pour lui! Eric aussi a fini, il ne manque plus que moi!

On arrive sous la tente du ravito, là où se trouvent les secouristes. Et tout d’un coup j’ai la tête qui tourne. Hypoglycémie, manque de sommeil? Faut surtout pas que je tombe en carafe devant les pompiers car là c’est direct dans le fourgon et je ne verrai jamais l’arrivée… Non, je ne veux pas abandonner, pas comme ça, ça serait trop con… J’essaie de prendre mon air le plus détendu possible en m’appuyant sur la table. Je chope toute la bouffe qui me tombe sous la main et je vais me coller au fond sur un banc. Benoît essaie de taper la discut’ mais je suis surtout concentré à reprendre mes esprits… Faudrait que je me mettre en rogne, la colère c’est bon pour retrouver de l’énergie. Mais là, pour le coup je n’ai aucune raison de m’énerver, j’ai juste envie que ça se termine…
Voilà le moment de repartir, et d’attaquer la dernière grosse difficulté, la côte de l’aqueduc. Hier, à cet endroit, je m’étais dit que je serais le plus heureux si je repassais ici. J’évacue cette pensée pour me concentrer sur la montée. Je choisis de la passer en marchant rapidement, j’attendrai les autres en haut. Ça passe ou ça casse. Ça passe relativement facilement et je m’assoie pour contempler une scène toujours surréaliste ici: une armée de marcheurs épuisés, blafards et exsangues, zigzaguant au milieu des passants qui se promènent ou vont chercher leur pain.
Il ne nous reste plus qu’à traverser Sainte-Foy puis la Mul’. On arrive à la descente d’escalier du Grapillon. Là encore le tableau vaut le détour. Les coureurs qui ont deux piquets à la place des jambes rivalisent d’imagination pour enjamber les marches. Mention spéciale au concurrent qui nous la fait en marche arrière façon moon-walk:-) Je lui fredonne Beat-it en passant, mais je ne suis pas sûr qu’il comprenne la vanne. Nous, on l’a dévale à toute allure car on est trop pressés d’arriver maintenant. On commence à se taper dans les pognes sur le pont Pasteur, puis on pénètre dans le parc de Gerland. Chloé est là pour shooter quelques photos. On lui tombe dans les bras et elle se prend une bonne rafale de bisous de nous quatre! La traversée du parc est d’une douceur exquise. On ne court pas, on vole! Dernier virage, France 3 nous attend et emboîte notre foulée. PEL a l’air aussi heureux que nous, c’est sympa! A 100m de l’entrée du palais de sport, Biscotte et le papa d’Arthur sont là pour nous donner les tee-shirts finisher qu’on va enfiler pour passer l’arche. Je les prends dans mes bras. Gérard et Christophe, pas les tee-shirts 🙂

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J’étais…content 🙂 (Source Chloé)

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Notre groupetto: MamanPat, Camara, Arthur et moi! (Source Chloé)

Puis je vois Delphine, Lise, Martin et mon père un peu plus loin. Un bisou à ma femme et je prends mon fils avec moi pour vivre avec lui ce moment inoubliable. On pénètre dans Gerland sous la gueulante du speaker et une ovation incroyable! Quel pied! Les biiiips scellent la fin du parcours. Ça y est, on l’a fait! On s’étreint longuement, on voudrait que ça dure. Patricia pleure, Franck retrouve son fils Théo. Arthur jubile intérieurement. Il est un peu comme moi Arthur, il extériorise pas trop ses sentiments, mais à l’intérieur ça doit bien bouillir! De l’autre côté de la barrière un finisher de la SaintéLyon me demande comment on fait pour arriver à boucler un tel truc. Moi, connement, je lui réponds qu’on court longtemps 🙂 On retrouve ensuite ceux qui sont arrivés avant nous: Fulgurex nous a quand même mis 3h30 sur le retour! On pose pour la postérité, tous avec nos beaux tee-shirts collectors. On voudrait que ça dure des heures…

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Une partie de la valeureuse bande! (Source: Chloé)

3 jours après, en écrivant ces lignes, je suis encore un peu là-bas, dans les monts du Lyonnais. Grâce à Arthur, mes compagnons coureurs, mais aussi Marie-Hélène, Céline et Gérard j’ai vécu une expérience extraordinaire qui va bien au-delà de la course à pied. J’ai pu me rendre compte qu’autour d’une même passion, un partage et une osmose pouvaient se créer au sein d’un groupe de personnes qui ne se connaissaient pas quelques heures auparavant. Ce furent des instants rares, des moments de bonheur simple mais ô combien intense et difficilement explicable, mais qui resteront à jamais gravés en moi, comme un trésor. Après l’arrivée, chacun est certes reparti vers son quotidien, mais certainement différent. Et un lien indéfectible s’est crée entre nous tous. L’âme de la 180.

Nicolas Premoselli. 🙂

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