En préambule de ce récit, je tenais à remercier :

  • ma famille : Gaëtan, Martin et Delphine,
  • mes compagnons d’aventure, avec qui j’ai eu le plaisir et le bonheur de partager cette 180,
  • mes amis du Lyon Ultra Run,
  • Biscotte et la Cuinet family pour le soutien logistique extra tout le long de la course,
  • les partenaires de la 180, plus particulièrement : Terre de Running, Led Lenser, ExtraSports et les Trailers Verbier Saint-Bernard.

Me voilà donc au départ de ma seconde 180 en cette froide journée de St-Nicolas. Après une première participation idyllique l’an dernier, de l’eau a passé sous les ponts lyonnais que j’emprunte quotidiennement avec mes baskets. Côté famille, le 2ème gone est arrivé en janvier et m’entraîne aux nuits courtes 😆 Un peu trop à mon goût d’ailleurs…

Côté course à pied, j’ai intégré la joyeuse équipe du Lyon Ultra Run. Cette association porte les valeurs que j’aime voir dans notre pratique sportive : l’art de ne pas se prendre au sérieux dans l’ultra distance, la convivialité et l’épicurisme, surtout l’épicurisme 😆

Ayant terminé assez facilement l’édition précédente, on pourrait penser que j’aborde celle-ci plein de confiance. Que nenni, que nenni ! J’aurais même tendance à avoir plus de doutes cette année… Tout d’abord, je sais que les conditions de course ne seront pas aussi idéales que pour la première. Et c’est toujours plus dur de confirmer. Si mon niveau d’entraînement est meilleur qu’en 2013 (près de 4000 km et 80000 m de D+), je crains cette fatigue accumulée par le manque de sommeil depuis la naissance du bébé. Mon hors-délai aux Allobroges et mon abandon prématuré au Verbier ont jeté une ombre sur mes certitudes accumulées auparavant…

Si le plan d’entraînement spécifique s’est très bien passé, l’interminable semaine précédent le départ a accentué les cogitations. En plus, tout le monde est malade à la maison sauf moi, ça va bien tomber le jour J…

Bref, je n’en mène pas large en me levant à 4h30 du matin, après une nuit pas vraiment sereine…

Après les préparations d’usage, un bisou à ma chérie et bébé déjà réveillé, je descends à Gerland par le métro. Je fais un peu tâche au milieu de cette viande saoule qui rentre se coucher 😆 Arrivé sur le parking, tout le monde est presque déjà là. Têtes presque toutes connues qui m’apportent un réconfort instantané. Les sacs d’allégement et les glacières du ravito de Sainte-Catherine sont pris en charge par nos habituels et valeureux accompagnants: la Cuinet family et Biscotte. Julien et Jean-Phi sont là pour nous accompagner jusque Beaunant. Nico va prendre des photos sur le début du tracé et apporte sa bonne humeur. Arthur est à la baguette. On a même droit à une délégation du ministère des sports avec Mister Chassignol qui nous fait l’amitié de venir donner le départ (en costume-cravate de surcroît). Traditionnelle photo de la bande et on part…en avance à 6h27 (truc de dingue)!

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La joyeuse bande au départ

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Le selfie de la peur!

On fait 100m et on se retrouve bloqués devant les portes de parc de Gerland qui ouvrent à 6h30 !! En effet, les policiers municipaux arrivent dans la foulée. Apparemment vu leurs larges sourires ils savent ce que qu’on fait là et nous encouragent bien sympathiquement. Nous voilà partis pour de bon cette fois-ci ! Après quelques minutes de foulée, un des trucs difficilement explicables dans ce sport se produit. J’ai ce truc que je n’avais pas au Verbier et aux Allobroges, ce supplément d’âme qui fait je sais que je vais le faire. Sensation jouissive parfaitement identique qu’il y a un an, juste après le départ. Bien-sûr, l’accident ou d’autres aléas peuvent arriver, mais je sais que si aucune blessure ne vient briser mon élan, je sais que je trouverai la force d’aller au bout. Le « momentum » comme on dit dans les pays anglo-saxon. Je sais qu’on ne verra pas le Mont-Blanc de la journée, qu’on n’aura pas de soleil mais un temps humide et froid, du vent glacial. Mais ça n’a pas d’importance. Tout du moins pour l’aller, je suis avec mes potes, je sais que ça sera une belle journée !

La première partie du parcours se passe tranquillement. Il faut dire que le tracé emprunte le chemin du LUT by night. On le connaît parfaitement vu qu’on a participé à son élaboration 🙂  Nos accompagnateurs nous lâchent à Beaunant. On avance donc d’un bon train vers Chaponost, surtout qu’Anthony manage le chrono magistralement ! Le seul avantage du ciel bouché c’est qu’on ne perd pas de temps à admirer le paysage… On attaque les nouvelles portions entre Chaponost et Soucieu. Bonne surprise, les chemins ont bien séché et ne sont plus les ruisseaux que l’on a connu lors des recos. On aura au moins les pieds au sec sur la première partie de la balade. Le tracé via ces jolis vallons est quand même beaucoup plus agréable que l’ancien…mais ça risque de piquer au retour ! On arrive à Soucieu pile dans le timing. Pas vraiment de sprint pour arriver à la boulangerie cette année. Faut dire que Tidgi a décidé de la jouer tranquille avec ses petits problèmes au pied. Cette fois-ci, pas question de lézarder au soleil en mangeant. On cherche plutôt à s’abriter de la bise qui pique. Ça promet pour les portions exposées sur les crêtes… 2 grosses parts de pizza, une part d’excellent flan « made in Soucieu » et un café acheté au stand voisin du téléthon sont avalés rapido pronto.

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Y’a bon le flan de la boulangerie de Soucieu!

Nous voici repartis vent de face. Outch !!! Quel contraste avec l’an dernier !!

On commence à monter vers Saint-André. Les sommets des monts sont saupoudrés de blanc. Un peu avant Saint-Genou, la petite bruine est effectivement remplacée par de la neige fine. Les nuages qui enveloppement les crêtes n’annoncent rien de bon niveau temps… Arrivé au ravito de Saint-Genou (qui est encore fermé bien-sûr), on en profite pour inaugurer les sanitaires encore vierges. Luxe absolu pour les avoir testé sur le retour en 2012. On grimpe ensuite le Bois des Marches. Même si le sentier est en bien meilleur état que lors des recos, il est « al dente » selon l’expression des baliseurs du CT ! Ça va être une tuerie au retour quand plusieurs milliers de coureurs seront passés !!
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Au dessus du Bois des Marche « al dente »

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Il est pas beau le chef?

Arrivés à Saint-André dans un paysage tout blanc (c’est joli), pas question d’admirer la chaîne des Alpes comme l’an dernier. Comme il faut quand même attendre ceux qui ont pris du retard dans la montée, on se réfugie comme on peut dans les moindres abris pour échapper au vent glacial. Comme les étudiants qui cherchent à faire rentrer le maximum de gugusses dans les cabines téléphoniques, on rigole à tous se planquer dans un minuscule abri de bois. On s’amuse comme on peut… Zeze, qui a quand même trouvé le moyen de squatter un banc à l’abri du vent, en profite pour me ruiner imparablement le moral sans même s’en rendre compte. Juste par une poignée de mots : « T’as l’air crevé ! » me dit-il. Juste ces quelques mots, pas méchants, pour taper la conversation… Ça a un effet dévastateur! Me revoilà en pleine cogitation sur ma fatigue accumulée…

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Un peu moins détendu que l’an dernier Zeze!

On repart. Bien-sûr , comme la tête commande tout, voilà qu’une douleur apparaît derrière le genou gauche… Bon il est temps d’une petite méthode Coué. Avant la remarque de Bernard tout allait bien, donc c’est dans la tête… Petite méthode effet placebo pour appuyer la Coué en prenant un Nifluril …et ça marche car ça passe au bout d’une petite ½ heure. On se fait la montée d’Arfeuille qui est aussi bien « al dente », puis on arrive à Sainte-Catherine just on time. Cool, on va pouvoir se repaître du traditionnel buffet gargantuesque bien au chaud ! Sauf que quand on arrive, le chauffage n’est pas encore branché sous l’immense tente. Et avec les courants d’air, il fait presque plus froid à l’intérieur qu’à l’extérieur. Nos pauvres bénévoles qui nous attendent là dedans depuis une heure… C’est donc en grelottant légèrement qu’on s’enfile charcutailles, fromage et autres délicieux mets. Heureusement que les soupes, thé et café nous réchauffent bien. Ensuite c’est Noël avant l’heure avec pour chacun: une frontale Led Lenser SOE5 (merci Led Lenser !) et un dossard offert. Pour moi, ça sera l’Ardechois ! Appétissant! Merci les copains d’Extrasport !

L’avantage d’avoir froid sous le chapiteau c’est qu’on ne traîne pas au ravito. On réussi même l’exploit de repartir à l’heure prévue 😆 Ça risque de donner des idées à Anthony pour les prochaines éditions…

Nous voici donc partis pour affronter la partie la plus rock’n’roll du parcours avec les passages sur les crêtes. Ooohhh c’te vent à décorner les bœufs… Les chemins là-haut sont gorgés d’eau, traversés par de grosses flaques. Ça va être épuisant de patauger dans la gadoue du labour au retour… 2 quads qui roulent à fond nous dépassent sans ménagement, nous forçant à faire un écart. J’apprendrai plus tard que Will s’est tordu la cheville à ce moment-là. Cette grosse entorse lui coûtera l’abandon à Sainte-Catherine au retour…

Mes dispositions mentales font que je suis moins affable pendant cet aller par rapport à l’année dernière. J’en suis désolé pour mes partenaires. On chemine ainsi jusque Saint-Christo. Au moins, aujourd’hui il n’y a pas de traîtres plaques de verglas pour nous meurtrir les chairs en chutant…

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Sur les crêtes de Moreau

Les lumières de Saint-Christo apparaissent enfin en contre-bas. Cette fois, on ne perd pas la trace et nous arrivons sans encombre au ravito. A cette heure, toutes les victuailles sont déjà installées pour la course officielle et on peut profiter de cette caverne d’Ali Baba du Traileur pour s’empiffrer (les Pim’s rien que pour nous!!). Quelques bénévoles qui sont là pour la première fois se demandent bien ce qu’on fait là. J’ai beaucoup de mal à expliquer notre périple à une charmante dame ! Elle pense qu’on a garé la voiture sur le parking pour monter à Sainté ; heu non on vient de Lyon, Madame ! Elle doit demander à plusieurs habitués si on ne lui raconte pas des histoires !

On repart après un bon ¼ d’heure bien requinqués. Reste à grimper encore un peu avant d’entamer l’interminable descente sur Saint-Etienne. L’entrée sur Saint-Etienne, je m’y suis bien préparé mentalement, tellement elle m’avait parue interminable l’an dernier. Donc comme un homme averti en vaut 2, ça ne se passe pas trop mal. J’ai même retrouvé une bonne pêche ! Arthur est dans le même cas que moi, il enverrait bien du bois ! Mais pas question car il faut attendre ceux qui commencent à tirer la langue, pour arriver ensemble sur la ligne de départ. On chemine donc doucement vers le parc des expos en contemplant les autochtones vêtus de vert aller au stade GG. Après avoir traversé la zone industrielle si désespérante, l’arche avec son bel éclairage est en vue ! Contrairement à l’année dernière où cette portion avait engendré une grande lassitude, j’ai cette fois-ci retrouvé une pêche d’enfer !

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Arrivé au départ…avec une pèche d’enfer!

Il est presque 20h. Tout le monde est là, plus ou moins fringuant. Céline a mal au pied, j’apprends que Will s’est tordu la cheville et que ça tire bien pour lui… Tidgi qui fait la balade avec un trait de fracture au pied (!) va bien mais il continue d’assurer le coup en restant tranquillement à l’arrière. De toute façon, je ne me fais aucun souci pour lui, il ira au bout, il nous l’a montré au Verbier, cet homme est inébranlable !

L’organisation portée par Biscotte et Gérard est au rendez-vous et, comme d’habitude, parfaite ! On récupère nos sacs au milieu de quelques coureurs intrigués ou curieux de savoir l’état du terrain (c’est qu’on commence à avoir une certaine notoriété!).

Direction le Flore. Comme nous sommes arrivés bien en avance par rapport aux autres années, on passe avant le gros de la troupe. De toute façon ,Franck s’est occupé de tout et l’organisation est parfaite là-aussi. De délicates attentions nous sont proposées : tables réservées pour les coureurs de la 180, et bien-sûr l’ovation à l’entrée dans la salle. Ça fait toujours un bien énorme ce moment. Merci à tous les Kikous et spécialement ceux qui se sont occupé de la privatisation du Flore (Franck, son épouse/Patrovite , Laurent/Arclusaz et les autres…)

Que ça fait du bien d’être au chaud et au calme ! On prend le temps de bien manger et de se poser car on a quasiment 4 heures pour se préparer au retour.

Après le repas, préparation de la bête pour le retour. Cette fois-ci dans le calme et la sérénité. A 22h, je suis prêt et je pars m’allonger dans le hall en attendant Benoît et Eric qui vont récupérer mon sac d’affaires de l’aller. J’ai tellement la pêche que je ne peux m’assoupir… Je reste quand même allongé et le plus calme possible. Je fais un rapide check-up : côté jambes, tout va bien à part une petite douleur derrière le genou gauche qui va et vient. Mais rien d’inquiétant. En revanche l’estomac a commencé à fatiguer dans la 2ème partie de l’aller. De petites brûlures lorsque je mange solide qui ont retenues mon attention. On verra si le smecta pris au Flore réglera le problème…

Eric et Benoît arrivent. La vache, ils sont déjà fin prêts plus d’une heure avant le départ, du jamais vu !! Patrice, le pote de Benoît fait l’intendance et récupère mon sac. Merci à lui, ça m’évite l’attente et le stress de la navette à sacs.

Passé 23h30, on décide d’aller se mettre sur la ligne de départ. Les potes veulent partir dans une des vagues de devant. Je les suis bien que, comme l’an dernier, je veuille faire le début du retour à l’arrière du peloton. Je me laisserai glisser à l’arrière du troupeau une fois qu’ils seront lancés.

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Go back home!

A 00h09, nous voilà passant la ligne de départ. Go back to home !!! Une bise à mes potos, on se souhaite bonne course et je les laisse gambader devant ! Contrairement à l’an dernier où j’avais quasiment marché jusqu’au premier sentier, j’ai pris le parti de courir un peu car je me sens bien. Plus tôt je serai rentré, mieux ce sera… De toute façon ma tactique d’être à l’arrière du peloton va être difficile. Avec les vagues qui sont parties derrières, et qui vont me rejoindre il y aura toujours du monde autour de moi…

La partie Sorbiers-Saint Christo est donc beaucoup moins agréable que l’an dernier car je n’ai pas les chemins pour moi tout seul. En plus, ils sont maintenant labourés et on progresse dans de la boue bien collante… Mine de rien, ça fatigue beaucoup… En plus, mon estomac a décidé de ne pas me faciliter la tâche. La barre de céréale ingurgitée sur les hauteurs de Sorbiers a provoqué de bonnes grosses brûlures… Pour me passer les idées, je contemple les novices qui pour l’instant n’osent pas poser les pieds dans les grosses flaques. Toujours rigolo, ça ! Mais n’oublions pas qu’il y a à peine 4 ans j’étais de ceux-là. Je passe donc en donnant quelques encouragements à chacun. D’autres voient mes badges de la 180 et m’encouragent, me félicitent ou me posent des questions. Ça fait du bien et ça passe le temps !

J’arrive à Saint-Christo et je file vers le stand de boissons chaudes. Je n’ai envie que de ça. Je prends le temps de boire un bon thé chaud et de remplir ma flasque de ce breuvage pour la reprise dans le froid. C’est alors que je vois un badge 180. Mais c’est qui ? Oh punaise, c’est Frank !! Il a une telle tête de déterré, on dirait qu’il a pris 20 ans !! Je me garde bien de lui dire, pour ne pas lui faire une Zeze ! On discute un peu et il me dit que c’est dur pour lui. J’ai peur qu’il n’aille pas au bout. J’hésite à lui proposer qu’on y aille ensemble mais je renonce : il vaut mieux qu’on gère chacun de notre côté et qu’on ne « s’auto-flingue » pas. C’est marrant car il me dira après la course qu’il a ressenti exactement la même chose à mon sujet, et qu’il a eu exactement la même déduction sur la gestion de course à adopter!

Je repars donc sans lui, à regret, car je l’apprécie beaucoup. On avait fait le retour ensemble l’an dernier, ça a crée des liens indissociables entre nous.

Je reprends donc mon chemin en direction de Sainte-Catherine. Au fil des kms, même si les jambes vont bien, une grande lassitude et une grande fatigue m’envahissent. Je ne peux avaler que du liquide, et quelques gels (que je ne jette après pas par-terre comme nombre de gros porcs). J’espère que ça ne va pas empirer…

J’arrive à Sainte-Catherine. Je sais qu’ils servent de la soupe là-bas. J’en bois 2 grands bols et fais les provisions. Je discute avec un type complètement cuit qui hallucine quand il me voit bien plus frais que lui alors que j’ai déjà 100 bornes dans les pattes. Pourtant, je ne suis pas bien fringuant…

Je croise Will. Il me dit qu’il a mal et qu’il ne sait pas s’il va repartir. Que dire dans ses moments là-bas ?… J’essaie de le réconforter mais je dois avouer que je n’ai pas vraiment l’énergie nécessaire. Je le quitte, inquiet pour lui. J’apprendrai à l’arrivée, qu’il s’est arrêté là.

En repartant de Sainte-Catoche, il y a toujours le moment délicat où on passe à côté des navettes de rapatriement à Lyon pour ceux qui ont abandonné. Pas question pour moi, mais je vois nombre de zombies qui tournent autour des bus en se demandant « j’y vais, j ‘y vais pas ? ». Une jeune dame en pleurs ne se pose plus vraiment la question apparemment… Et là, miracle, les quelques foulées qui suivent se font avec une facilité étonnante ! La soupe devait être en fait de la potion magique car je pète le feu maintenant ! Me voilà reparti comme en 40 ! Au dessus du village, j’arrive au niveau d’une énorme flaque bloquant le passage. Un type semble se poser la question de savoir comment il va éviter de se mouiller les pieds. Je l’observe dans son entreprise, essayer de grimper à 4 pattes sur le talus, se pendre au tronc d’un arbre… Bon assez rigolé, je passe en plein milieu, l’eau au dessus des chevilles, en lui disant que s’il veut voir Lyon, il faut qu’il fasse comme moi. Après quelques hésitations, il me suit…et perd sa chaussure mal serrée dans la boue qui fait ventouse. Je l’entends jurer derrière moi, dur apprentissage… 😀

J’attaque maintenant le Bois d’Arfeuille qui n’est plus « al dente » mais bien trop cuit après le passage du troupeau. L’état du chemin… S’en suit la longue remontée vers Saint-André. Ça commence à tirer la langue autour de moi… De temps en temps, j’aperçois Ana avec sa copine. On joue à « tu me doubles-je te double » jusque Saint-Genou. Arrivé au ravito, mauvaise nouvelle : pas de soupe… Je dois me contenter du thé, mais ce n’est pas pareil. Ça a même tendance à me ruiner le moral. Je décide donc de ralentir le rythme jusqu’à Soucieu et la soupe de là-bas. En cheminant sur la route qui mène à Cornavent j’écoute un type avec l’accent du sud qui peste contre le fait de courir dans le froid, la nuit et dans la boue. Euh mec, t’es venu là pour quoi ?? La descente vers Soucieu est longue. Mais pour l’avoir reconnue plusieurs fois, je sais à quoi m’attendre… Je prends donc mon mal en patience… Arrivé à Soucieu je décide de ne boire que de la soupe, avec quelques gâteaux salés. D’habitude, je profite de l’endroit pour changer de tee-shirt et de chaussettes. Mais comme la petite famille vient me voir à Chaponost je ferai ça là-bas dans le nouveau ravito. Je repars au milieu des zombies habituels. Le changement de parcours entre Soucieu et Chapo rendent le cheminement plus agréable, mais plus éprouvant. Pour rester éveillé, je peste contre les détritus. J’ai l’impression que c’est bien pire que les éditions précédentes. C’est honteux… Le premier que je vois jeter un truc, je lui fourre dans le c..  .

J’arrive au ravito de Chaponost. La famille et les amis vont arriver d’un instant à l’autre. Alors je prends le temps de manger… de la bonne soupe ! Le fils de la dame qui me sert s’apprête à repartir. Le gamin est en pleurs. La douleur, la fatigue… Sa mère et sa sœur ont les larmes aux yeux… En discutant avec elles, j’apprends que le père, un habitué, a abandonné à Sainte-Catherine. Le fiston d’à peine 20 ans veut absolument finir sa première. C’est touchant… Peut-être que dans une dizaine d’années… mais moi je n’abandonnerai pas à Sainte-Catherine !! 🙂

Voilà enfin la family avec Stéphanie, Damien et leurs enfants (ils habitent à 2 pas du gymnase). Le grand file se servir aux différents stands et brancher les autres coureurs pour leur dire que leur papa fait l’aller-retour. Manque pas d’air celui-là ! Pendant ce temps-là j’opère un changement de tee-shirt quand je vois une silhouette familière qui s’approche. C’est mon Gilou qui arrive ! Gilles est quelqu’un que j’apprécie énormément et j’ai beaucoup de réconfort à le voir se pointer ici. Chouette, après avoir été tout seul depuis quasiment le départ de Saint-Etienne, je vais pouvoir finir les 12 derniers kilomètres en compagnie d’un ami. Ce n’est pas du luxe car en plus de la lassitude habituelle à ce niveau de la course, ça commence à tirer de partout. Et la fin n’est pas si facile que ça, surtout avec les nouveautés sur Ste-Foy. On prend notre temps pour repartir. Je n’ai plus trop la force de parler et de faire le pitre. Gilles a l’air plus en forme que moi alors c’est plutôt lui qui fait la conversation… On avait fait les 2 derniers tours de l’UBS ensemble au mois de mai, c’est marrant de se retrouver à nouveau tous les 2 ! On tourne, on vire dans Chaponost, c’est long, très long. Surtout que maintenant les jambes commencent à lâcher. J’ai 2 bouts de bois qui me font avancer…

La montée de Beaunant se profile. Dans ce sens, je l’aime bien car même si on en bave, on sait qu’on est pas loin et que c’est dans la poche. La nouvelle portion via le parc aventure est pénible. L’an dernier l’euphorie s’était emparée de moi au dessus des aqueducs et j’avais pleinement savouré les 5 derniers km. Cette année, rien de tout ça, j’ai juste envie que ça s’arrête… Même le passage du parcours de santé en face de la piscine de Sainte-Foy est un calvaire. Même si Gilles est dans le dur, il avance plus facilement et je dois piocher pour rester à son contact. J’arrive tout de même à faire la descente du Grapillon en trottinant. En bas de celle-ci, on tombe sur Runslow, qui pour le coup coure vraiment doucement ! Un de ses adducteurs a lâché très tôt dans la nuit et il se traîne depuis. Bon, on va rester tranquillement avec lui, ça fera une arrivée à 3, c’est encore mieux ! Sur le pont Raymond Barre (quel plaisir de ne plus à avoir à prendre l’affreux pont Pasteur), l’ami Julien nous attend pour faire les dernières foulées avec nous. Il nous donne des nouvelles des premiers arrivés de la 180. Fulgurex nous a fait un chrono de 8h51 au retour. 8H51 !! Énorme !! Bernard, Anthony et Olivier sont eux aussi arrivés. C’est notre tour maintenant, le dernier virage, les photographes, Del au bord de la route juste devant le palais des sports au fond à 200m. Enfin ! On peut savourer maintenant ! Un bisou à ma chérie et au petit. Le grand est resté à Chaponost chez les potes, il ne passera pas l’arrivée avec moi cette fois-ci… Pour lui, ça devient juste normal que son papa fasse ça  8)

On passe l’arche finale main dans la main avec Gilles. Il y a moins d’effusions que l’an dernier, on passe la ligne dans une relative indifférence. Mais on s’en fout royalement !! Seuls le soulagement et l’immense satisfaction d’en finir ne comptent à cet instant. On retrouve Fulgurex, Anthony, Céline et Damien (qui ne sont pas allés au bout),et bien-sûr Biscotte qui assure l’intendance jusqu’au bout. On se raconte un peu nos courses, mais je suis tellement vidé que je ne dis pas grand-chose. Comme il faut retourner à Chaponost, on ne s’attarde pas. J’aurais pourtant aimé attendre les autres mais il faut aussi penser aux proches. Ils ont dû déjà assez se plier à mon planning ces dernières semaines et ce week-end… A peine monté dans la voiture, je m’endors…

A l’heure d’écrire ces lignes, quelques jours après, il y a certes moins d’euphorie qu’après la première. Mais la satisfaction n’en est pas moins grande d’avoir réussi à confirmer mon premier succès. Satisfaction d’être aussi encore un peu plus riche après avoir vécu cette nouvelle aventure entouré d’amis. La 180 est vraiment quelque chose d’à part dans ma pratique de la course à pied car elle colle exactement au plaisir que je veux retirer lorsque je chausse mes baskets. Même si elle fut plus dure et moins plaisante, cette seconde participation aura réussi à affirmer ce que j’avais ressenti lors de ma première participation.Un grand bonheur intérieur tout simplement.

Nicolo Premo. 🙂

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Données Garmin pour l’aller.
Données Garmin pour le retour.

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