Jusque la ça va

J’arrive en haut des escaliers qui descendent vers la Mulatière, je suis passé ici même hier vers 6 h40 dans le sens inverse direction Saint Etienne. Je me lance prudemment dans la descente, il serait dommage de tout gacher. Je ne ressents pas le moindre signe de crampe, de raideur musculaire, simplement une douleur aux ongles des orteils des pieds qui ont du une nouvelle foi bien ramasser, j’en ai malheureusement l’habitude. Je suis sur un nuage. J’ai bien écrit dans ma lettre de motivation pour participer que j’espérais améliorer mes performances vu mes temps sur la Sainte Lyon (3 ST d’Argent et 3 ST de Bronze) mais pour moi cela signifiait arriver pour l’apéro à 12 heures.

J’ai presque bouclé ma 3 ème 180 (se rendre en OFF au départ de la SaintéLyon en faisant le parcours dans le sens Lyon Sainté dans la journée du samedi puis participer à la course), il est un peu plus de 10 heures ce Dimanche matin. …je rêve…J’approche du bas des escaliers, je vois 2 petits jeunes avec un Buff Kikourou qui sont en train d’encourager mon prédessesseur dans la descente. Je crie pour qu’ils tournent la tête, Snail69 et Arclusaz se retournent. J’ai l’impression que Laurent est à la fois aussi surpris que content de me voir, des encouragements, une photo avant que je ne poursuive mon chemin vers mon point de départ.

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Je continue ma progression vers le palais des sports, Sylvie (Mme) avait prévu de m’accueillir cette année. Je lui ai donné mes temps précédents : 13 h 46 et 14h en lui disant qu’elle avait la matinée avant de se rendre à l’arrivée. J’espère qu’elle a regardé le livetrail sur l’Ipad. Je continue de doubler dans le parc de Gerland ; j’approche du dernier virage, au 300 m ; Fire…. j’allonge la foulée ; j’aperçois Sylvie qui a sauté dans ses baskets quelques secondes après avoir regardé le suivi. Un petit ralentissement, je serre les poings de joie et de fierté, photo souvenir au vol, je fends la foule, je passe sous la première arche puis je termine mon sprint jusqu’au portique final. Je hurle en me tournant pour montrer mon badge 180 au speaker qui dit quelques mots sur notre aventure. Mon temps : 10h 20′ 26 (56% des finishers)

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Comme après toutes les arrivées les douleurs surviennent, on ne sait pas comment se tenir : debout on a mal, assis on n’est pas bien, allongé : non j’ai peur de ne pas me relever. Mais ce n’est pas bien grave quand je pense à ceux et celles qui sont toujours en course et dont l’effort a aussi commencé hier matin à l’aube.

Arthur nous a convoqué à 6 h pour un départ à 6 h30. J’aperçois Gaby dans le wagon voisin dans le métro. Nous sommes frais comparés aux fêtards qui rentrent de la fête des lumières, pourtant, je ne peux pas dire que j’ai passé une nuit sereine..on fera avec 2 – 3 heures de sommeil…..je sais que je vais souffrir mais j’espère que l’expérience de mes 2 participations va me servir: j’ai terminé une fois avec une tendinite du releveur et l’année dernière avec de magnifiques ampoules… . Quelques modifs d’équipement et cela devrait aller.
Je retrouve William avec qui j’ai franchi la ligne l’année dernière et mes futurs compagnons de route. Jean Phi, Nicolas, Biscotte, la Cuignet family sont là toujours fidèles au poste ….derniers préparatifs quelques mots avec les nouveaux participant(e)s …..on aura le temps de papauter. Photo souvenir avec Mr le Conseiller du Ministre et go.

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On fait 300 m et ….premier arrêt, le parc ouvre à 6h 30 pas 6h 28, Départ royal quand les 2 grilles s’ouvrent devant nous…. Pendant les premiers kilomètres Jean Phi, Nicolas, Biscotte nous accompagnent dans un joyeux mélange d’arrêts photos – films, d’escortes motorisées fenêtres ouvertes et musique à fond …..highway to hell je ne sais pas si on va vers l’enfer mais on y va. Petite frayeur , dans la descente bien pentue avant le parc aventure Ana nous fait une Patricia (Mamanpat) sur le bitume encore très humide.

Définition : Faire une Patricia (Mamanpat) ; figure involontaire plus ou moins artistique qui consiste à retomber sur son postérieur pouvant entrainer, entre autre, une lésion du coccys. Pour des détails se reporter à ses Cr de la 180 2013 et de la ST 2012 et de …et de ….et de…

ICI

Plus de peur que de mal.

Anthony donne le rythme, pas question de trainer en route… le plan de marche c’est le plan de marche. La météo est avec lui, quand le jour se lève il fait gris, le plafond est bas ; le taux d’humidité bien élevé, la température ressentie, quand on prend une raffale, bien basse. Il n’y a pas beaucoup d’arrêts photo mais un arrêt distribution de Dragibus et fraises tagada , faut alimenter la machine. Le nouveau parcours après Chaponost est beaucoup plus agréable. Déjà Soucieu : pause bien venue mais frigorifique, un bon café à la tente du téléthon et notre petite troupe repart pour se réchauffer. Pour se réchauffer il n’y a pas 2 solutions faut se bouger et on se bouge, l’allure est soutenue. Je regarde de temps et temps vers Thierry qui est parti avec une fissure au pied suite à sa chute. Il a une démarche en peu bancale mais il suit. Il sera finisher, c’est un warrior. Je fais la connaissance de Ana ; je suis un amateur à côté d’elle quand elle évoque les courses auxquelles elle a participé aussi bien en France qu’au Portugal… elle sera finisheuse.

Nota : Souvenez vous que tout ce vous descendez pendant la SaintéLyon , on le monte

Un regard vers les crêtes aperçues à la limite des nuages…. on va toucher la neige.

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Quelques kilomètres plus loin on attaque la côte qui nous mêne à St André, pour moi la plus dure du parcours. Anthony nous invite à rester grouper, l’année dernière il y avait eu 30 minutes entre le premier arrivant et le dernier. Avec cette météo, je ne vais pas m’amuser à me prélasser sur mon banc. A l’arrivée ; on se regroupe, on se sert dans un abri pour se protéger du vent. Je glisse quelques mots d’encouragements à Nico 😉 Il ne faut jamais oublier le poids des mots……. Excuse moi Nico

Nous quittons rapidement le village par un single avant de pouvoir dévaler vers le bois d’Arfeuille. Dans la montée nous rencontrons nos premiers passages bien boueux, le privilège de l’aller c’est que nous pouvons essayer de les éviter. Nous progressons vers Sainte Catherine où nous arrivons pile dans le timing.

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Le ravito de Ste Catherine, la table est submergée de victuailles chacun a amené une spécialité de sa région, mention spéciale au paté berrichon de William. Biscotte organise le tirage au sort des dossards et Arthur distribue une lampe Led Senser à chacun. Merci aux sponsors et à Arthur qui tous les ans se démène pour nous gater. Il n’y a pas le chauffage sous la tente, le timing va être respecté car il doit faire encore plus froid dedans que dehors avec les courants d’air. J’ai les doigts qui commencent à geler. Au moins il n’y aura pas de choc thermique quand on va repartir. Au bout d’une heure faut se bouger.

Sur la partie haute du parcours il y a un peu de neige mais elle reste cantonnée dans les champs et n’a pas tenu sur le chemin. Seule reste la boue maintenant bien présente. C’est dans une de ces zones bien mouillée que nous croisons 2 quads. A leurs passages je m’écarte prudemment ;malheureusement William se tord la cheville en voulant les éviter, cette entorse le forcera à abandonner au retour à Ste Catherine. Cette année il n’y aura pas de photos bucoliques de coucher de soleil sur les crêtes enneigés des monts du Lyonnais, il faut fuir au plus vite les chemins exposés et ventés, la température n’est pas trop basse mais la température ressentie…….ça pique.

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Sorbiers et le retour sur le bitume, puis l’interminable tobogan jusqu’au parc des expositions ou l’on espère toujours que c’est le dernier rond point…enfin l’arche d’arrivée départ. Il est 20 heures.

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Nous avons progressé pendant 12 heures. Point positif : je ne ressens aucune fatigue. Nous rentrons dans le hall pour une photo souvenir, récupérons nos sacs et nous nous dirigeons vers le Flore. Nous sommes accueillis par une salve d’applaudissements. Merci mais je ne pense pas que l’on mérite autant d’honneur.

Mention spéciale aux organisateurs, Franck, Jean Phi Laurent et tous ceux que j’oublie , des tables nous sont réservées, les pates sont bonnes, des conditions idéales pour se préparer. Je me change entièrement et tente même en vain de dormir quelques minutes. Je change aussi de chaussures, je ferai le retour avec mes vieilles Trabucco. Avant de repartir je donne quelques barres à Thierry qui a oublié de prendre son ravito perso. J’espère que cela va le faire, il lui reste 72 km pour rentrer sur un pied et demi. Nous regagnons le hall vers 23 h15 après avoir posé nos sacs. Nous sommes 3 avec Anthony et Arthur. Nous sortons vers minuit et nous nous plaçons où la foule nous emmene. Loin devant,U2 accompagne ce qui doit être la première vague.
Cette année j’ai pris l’option arrêt minimum à chaque ravito sans perdre de temps en retirant mon sac. Plus de poche à eau, j’ai investi dans 2 portes gourdes à accrocher sur les bretelles du sac, la dernière version du porte gourde Raidlight comporte un filet pour y mettre des gels ; barres ….avec toutes ces poches pas besoin de refaire le plein en route.
La seconde vague s’élance, on avance lentement vers la ligne, bien calé au milieu du peloton je n’ai pas froid, un arrêt, on sera dans la troisième.
Cette fois U2 c’est pour nous. Je me retrouve dans la première partie de cette dernière vague et rapidement il y a de la place pour courir. C’est dingue je ne ressents aucune gêne, autant ne pas trainer. Un peu avant Sorbiers, Nico m’interpèle, je ralentis un peu pour le saluer et je reprends ma course.

Traversée de Sorbiers, je cours dans la première côte et marche dans la plus pentue, en haut du village, je relance sans problème Jusque là ça va. Je progresse tranquilement et très sereinement, l’effet vague se fait sentir ; il n’y a pas de bouchons dans les chemins et vu le nombre de coureurs en course, c’est vraiment un bon point. Un peu avant St Christo, je ratrappe Wiliam qui m’annonce qu’il est bien blessé et qu’il ne sait pas si il ira au bout.

1er ravito je respecte mon plan de marche quelques pates de fruits des bouts de bananes et un thé bien sucré, je ressort aussitôt et je redouble Wiliam qui ne s’est pas arrêté.
Direction Sainte Catherine , je reprends mon rythme qui n’est pas bien sur aussi élevé que dans mes versions solo mais cette année je cours….je cours. Presque 100 km dans les jambes, il y a du monde au ravito de Ste Catherine, je suis donc bien dans le gros du peloton. je remplis mon bidon avec du gatorade, avale les pates de fruits et les bananes comme prévu. Pour éviter toute surprise, je change de lampe frontale, c’est la seule fois où je retire mon sac.

Je me souviens d’un bourbier avant Sainte Catherine, il est toujours là. Certains passent par dessus les barbelés sur la gauche pour tenter d’éviter la flaque . Je ne prends aucun risque, pas de mouvements qui pourraient amener contracture ou crampe, go droit dans la boue. Je ne regarde pas mon chrono, j’avance, j’avance tant que je veux et que les jambes répondent, j’avance . Je n’ai pas de montre ordinateur de bord, un bon vieux chrono altimètre. Mon point de repère sera le levée du jour, à quel point du parcours serai je?

Arrive la descente du Bois d’Arfeuille, cette année je ne passe pas sur le côté en m’accrochant aux branches, j’atteinds sans encombre l’embranchement avec la croix qui marque le début de la remontée vers St André la Côte. Cette partie je l’ai reconnu jusqu’à Soucieu, je connais donc la montée qui s’annonce, j’avance au train aidé par les encouragements des organisateurs des coursières placés au sommet. Mince…. bouchon de 5 minutes pour entrer dans le single avant St Andre puis allure au ralenti à quelques centimètres des barbelés, Traversée du village et reprise de notre descente vers St Genoux.

Le célèbre ravito de St Genoux, les 2 dernières années je n’ai pas pu profiter de la foule. J’étais bien seul à l’heure où je suis passé… cette année j’en profite et dans la mélée, j’ai du pouvoir récupérer une pate de fruits Yess …………..je me faufile jusqu’à la sortie… oui même la traversée est difficile ….mais j’avais prévu le coup et j’ai utilisé mes réserves. Jusque là ça va …Direction Soucieu

Il fait encore nuit dans la montée où j’avais proposé mon aide à Patricia, je commence à me rendre compte que je vais pulvériser mon temps sur le retour de la 180 si je n’ai pas de coup dur. Le jour se lève à quelques encablures de l’entrée de Soucieu. Je fais le tour du stade à plus de 12 km h Ravitaillement rapide, toujours pates de fruit bananes thé bien sucré, mais cette année pas d’arrêt pédicure. Je sens bien une douleur dans les descentes ….je vais encore perdre un ongle ou deux… Cette fois je regarde le chrono et essaie de calculer une heure d’arrivée ; cela devrait être entre 10 h et 10h30 …du calme Bernard il va bien t’arriver une tuile….mais jusque là ça va Direction Chaponost.

Une simple formalité, je double dans les chemins étroits, j’annonce à droite à gauche …. J’arrive à Chaponost. Je traverse le gymnase encore bien rempli en quelques secondes, toujours en prenant au vol mes pates de fruit et mes bananes. Direction Gerland

Les jambes sont toujours là, je cours je double je cours je double…..cela va toujours

La montée des aqueducs (de calicéo pour les djeuns) ça c’est fait, le dernier raidillon à la sortie du parc aventure c’est okay

J’arrive en haut des escaliers qui descendent vers la Mulatière……….

Bernard 🙂

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