C’est la première fois que j’écris mon récit à chaud. L’émotion est tellement grande (et le récit sera si court…) que les quelques lignes seront faciles à retranscrire.

Pendant ce temps-là (samedi 1erdécembre, 13h30), mes copains de la 180 arrivent tout juste à Sainte-Catherine. Courage à tous !

Préparation

Heureux d’avoir bouclé ma première 180 l’an dernier malgré le froid, la neige et le verglas, je décide de me lancer une nouvelle fois dans l’aventure. En prime, cette année, l’aller-retour fera 162km, soit « 100 miles ». C’est l’occasion de franchir ce cap, sur un parcours qui reste roulant (4500-5000mD+).

Le 8 juillet, alors que je me prélassais dans la piscine, je vois que mon nom est retenu sur la page facebook de la 180. Quelle émotion de savoir que l’aventure va pouvoir recommencer.  Bon, je venais d’abandonner il y a quelques jours sur l’ultra Race, mais ma motivation était réelle.

Comme avant chaque course type « ultra », la préparation est longue et les kilomètres défilent. Mais cette année, en vue de cette 180 de prestige, et contrairement aux années précédentes, l’été a été très calme (trop calme) niveau entraînement. L’envie de courir n’était pas là. Heureusement, j’ai pu relancer ma préparation grâce aux amis (Mica, Damiano, Gaël, Tanguy, Thierry, Corinne…) dès septembre. Les entraînements s’enchaînent, quelques courses sont intégrées : nuit des cabornes avec Mat et Antoine, l’Ancilevienne en mode run & bike avec mon ami de course Rémy (une belle retrouvaille), le marathon du RIL, le LUT by night qui passait dans mon établissement et enfin le « off des grenouilles » de Lyon à Bourg-En-Bresse (82km/550mD+) organisé par l’ami Steph, un fou furieux !

J’ai repris à fond, peut-être trop…. Courant octobre, lors de certains entrainements, une douleur encore inconnue s’est fait ressentir. Elle était localisée sur mon tendon d’Achille gauche. Depuis, après chaque longue session de course, la douleur revenait, plus ou moins forte. Parfois je la sentais à peine, alors qu’après d’autres sorties, je pouvais à peine marcher. Le manque de repos après entraînement et une hygiène de vie aléatoire (nourriture, sommeil et soirées…) ont accélérés et maintenus cette blessure.

A présent, à 2 semaines de l’échéance, le repos sera ma priorité. Quelques footings « sans forcer et sans difficultés » se succèderont fin novembre. Mon tendon reste douloureux par moment, mais mon ostéo me donne le feu vert. J’avoue avoir hésité à maintenir mon inscription, mais le diagnostic positif et mon envie ne m’ont pas fait changer d’avis. Je prendrai le départ.

J-1

Vendredi 30 novembre, dès le réveil, et comme depuis quelques jours, le doute est là. Non seulement ma blessure ne disparaît pas, mais mon tonus joue avec moi, il fait des va-et-vient. Je me lève finalement pour aller bosser de 8h à 10h. Je me dis que j’aurais dû me faire remplacer pour dormir toute la matinée !

Je termine mon cours à 9h40. Je quitte très rapidement le collège pour rejoindre la Part-Dieu. Je passe à Carrefour pour acheter les victuailles que nous dégusterons à Sainte-Catherine le lendemain et à Décathlon pour acheter en urgence une t-shirt moulant épais, je pense que j’aurais besoin de changes durant le week-end !

La suite de la journée sera entrecoupée de siestes, « comatages » devant les chaînes TNT et gros moments de stress seul dans mon salon à cogiter. Ma copine travaille, cela n’arrange rien. Je ne sais pas si ma blessure se réveillera le lendemain. Je ne sais pas si j’aurais la force…je suis plein de doutes, de questions…le jeu en vaut-il la chandelle ??? Je fini, après en avoir longuement discuté avec moi…, par me dire que je tenterai l’aventure même si je ne sais pas où elle va me mener.

Je décide ensuite de me balader en fin de journée dans Villeurbanne pour évacuer ce stress qui m’envahit. Un petit coucou à mes potes Loïc et Yan, et je rentre chez moi.

La nuit va être courte….

JOUR J

La nuit a été courte comme prévu. Les images de la 180 de l’an dernier s’entremêlent. Je repense aux super moments vécus lors de l’édition 2017 (le départ festif de la Halle Tony Garnier, le ravito « téléthon » à Soucieu, le gros ravito de Sainte-Catherine, l’arrivée à St-Etienne et le temps de repos au Flore……), mais je doute toujours. Mon tendon va-t-il se réveiller ? La motivation sera-t-elle là ? Le manque de sommeil aura-t-il un impact ? Beaucoup de questions, trop de questions….

A 4h10, Pierre-Edouard (coureur de la 180) et son papa (bénévole sur la Saintélyon) me récupèrent devant chez moi. Un grand merci à eux ! J’ai la tête ailleurs, mais j’essaie de me convaincre que cela va changer. Il est tôt, très tôt (trop tôt? …) et je vais finir par me réveiller.

Nous arrivons à quelques mètres de la Halle Tony Garnier pour poser nos sacs et récupérer notre t-shirt rouge de la 180 tant attendu ainsi que le fameux badge réfléchissant.

5h00 : photo de groupe pour la postérité, départ sur la ligne virtuelle et coup d’envoi donné par Jean-François (Arthur Baldur), président du Lyon Ultra Run pour une longue balade en perspective.

C’est parti !!!!Sur les premiers kilomètres, mon souffle est court, mes jambes encore endormies, mais rien d’alarmant pour un départ aussi matinal. Je me mets rapidement dans ma bulle. Je ne parle pas beaucoup alors que d’autres coureurs sont joyeux, expressifs. Je me place en milieu de groupe afin de gérer mon effort. Nous alternons entre marche et course selon le profil du tracé. Je reste toujours à l’écart, muet, en attendons que mon corps (et surtout mes jambes) me donne le signal de départ. J’entreprends quelques accélérations… en vain.

Nous arrivons à Chaponost, dernier ravito de la Saintélyon (mais premier pour nous !) vers 6h50. Nous avons à peine couru 12km et ma blessure tant redoutée réapparaît. Elle est là, bien présente, et me rappelle à l’ordre. Je marche au maximum pour la soulager pendant que le reste du groupe courre. Gaby, habitué du format, qui n’est pas non plus au mieux de sa forme en ce début de course, m’accompagne pour fermer le groupe. Il n’en fallait pas plus pour que le doute s’installe. Je n’ai pas l’habitude de fermer le pas, et encore moins de faire attendre le groupe. Je marche/trottine/marche/trottine/marche….

Je décide quand même de poursuivre jusqu’à Soucieu situé à 8km pour voir l’évolution. Comme depuis plusieurs minutes, je reste en queue de peloton. Les autres coureurs apprécient le lever du soleil et les premiers rayons. L’ambiance semble bonne devant.

Je tente de nouveau quelques petites accélérations pour faire réagir mon tendon, mais celui-ci se crispe. La douleur se propage à présent sur l’arrière du talon. Aïe, ma 180 semble mal embarquée…. Je ne prends aucun plaisir, je me crispe. La douleur n’est pas insoutenable mais m’empêche de dérouler côté pied gauche. Depuis le départ, le plaisir n’est toujours pas présent. Moi qui était venu là pour profiter et prendre du plaisir avec les copains, rien ne se passe comme prévu.

Nous entrons vers 8h à Soucieu-en-Jarrest. A peine arrivés, tous les coureurs s’orientent vers la boulangerie locale pour profiter des croissants, pains au chocolat, brioches à la praline ou pizza. J’arrive pour ma part quelques secondes après, la file d’attente est déjà longue, le temps de faire le point.

Je me pose cinq minutes sur les marche de la boulangerie, seul. J’enlève mon sac, sors mon coupe-vent, met ma montre en pause. Toutes les questions que j’ai en tête depuis Chaponost ne cessent de revenir. Mon tonus est toujours au plus bas, ma tête est ailleurs, mais surtout, mon tendon d’Achille gauche est de plus en plus douloureux. Je pense aux difficultés à suivre car je connais le parcours quasiment par cœur et la distance qu’il me reste à parcourir (140km).

Ma décision est prise, je DOIS abandonner. Cette phrase est dure à assumer car cette course était mon objectif prioritaire depuis le mois de juillet. Des dizaines d’heures d’entraînement semblent partir en fumée. J’ai pesé le pour et le contre, et ma décision ne changera pas. J’arrête ma montre et enregistre mon parcours « pour la postérité ». Là c’est sûr, je ne repartirai pas. Je regarde de loin le groupe qui se ravitaille et boit le café sur un banc de fortune. J’avertis au même moment Mathieu, avec qui j’avais prévu de courir le retour. Je m’en veux car je vais le laisser partir seul, ce soir, sous la pluie (désolé mon pote et courage !). J’appelle ensuite Romain qui m’encourageait au même moment par SMS. Ses paroles pleines de sagesse m’ont confortées dans ma décision. Le groupe quitte Soucieu, moi je reste, c’est la fin de l’aventure….

Le retour jusqu’à Villeurbanne a été beaucoup plus rapide. J’ai eu la chance de pouvoir rentrer immédiatement grâce aux bénévoles du LUR avant que ma copine ne parte au travail. Ses quelques mots réconfortants vont me rester ne tête durant cette longue journée chez moi, devant mon ordinateur, loin de mes partenaires de galère.

Je souhaite une bonne continuation aux 19 coureurs de la 180 édition 2018. Les gars, vous avez 162km à boucler, c’est une édition d’anthologie !!!! Je vous envie !

Je remercie ensuite le Lyon Ultra Run et tous ses bénévoles pour leur accueil, leur motivation, leurs encouragements avant et pendant cette course hors norme. Je risque de revenir !

Je pense enfin à tous mes amis runners avec qui j’ai pu partager cette passion (quel que soit le jour, l’heure, le parcours, la difficulté, le climat…) ainsi qu’à ma chérie qui me soutient dans ces défis malgré les sacrifices.

Je vais à présent me reposer et prendre du recul.

Bonne SaintéLyon à tous !

Pierre (fouquix07)

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